Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/576

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la résolution, et ne pas discuter des choses oisives comme nous le faisons ; nous sommes des imbéciles. » Le procès-verbal constate que l’état d’ébriété du citoyen H. ne lui permet pas de formuler sa pensée avec toute la netteté désirable. Malgré cette sortie, la question de l’impôt tient au cœur de J.-B. Clément, qui la reprend le 12 septembre ; au lieu de toutes les contributions existantes, il propose d’établir l’impôt consenti. — On hésite, on cherche à comprendre, on ne comprend pas, on finit par lui demander des explications, il s’explique : « Mais c’est bien simple cependant ; l’impôt consenti, c’est celui qui répond aux besoins journaliers. » Dès lors tout le monde approuve, et la motion est adoptée.

Le 26 septembre, le citoyen Gratien demande à parler de la famille : « La famille, c’est l’obstacle, elle est à détruire si l’on veut arriver à donner à tous une éducation égale et révolutionnaire ; puisque nous abolissons l’hérédité, l’enfant n’est plus l’héritage du père et de la mère, il appartient à l’état. » Dans ces réunions d’où sortira la société modèle, toutes les fois que l’on propose de supprimer un devoir ou d’atténuer une responsabilité sociale, on est certain d’être applaudi. On a résolu, comme on vient de voir, les questions de la propriété, de l’impôt, de la famille ; il est temps de se hausser aux considérations abstraites et de dire quelques mots de la guerre. J.-B. Clément s’en charge dans la séance du 31 octobre : « Il n’y a que les philanthropes qui s’élèvent contre la guerre ; c’est grâce à la guerre que la commune de Paris est venue, et aussi grâce à sa défense que l’on doit le grand élan socialiste d’aujourd’hui ; pour nous révolutionnaires, il existe toujours le seul, le juste moyen de la guerre civile. Formons donc une armée de travailleurs, et guerre aux bourgeois ! » Le 7 novembre, Dardelie intervient ; c’est à lui, ancien chasseur d’Afrique, ancien colonel gouverneur du palais des Tuileries, qu’il appartient de traiter avec compétence la question militaire ; qui mieux que lui peut la connaître et la développer ? « Il suffit d’un homme comme Mahomet qui, au lieu du Coran, aille, l’épée d’une main et le socialisme dans l’autre, à la conquête des monarchies de l’univers. Il ne faut penser à rien de pacifique, mais à la révolution violente, aux coups de fusil pour arriver à être débarrassé de la race bourgeoise, et la guerre doit être le premier soin d’un gouvernement socialiste. Il doit immédiatement entamer une guerre de conquête jusqu’à l’extinction de la monarchie dans tous les coins du globe. » Dardelie est couvert d’applaudissemens ; aussi, il revient à la charge le 5 décembre : « Il faut arriver à former des révolutionnaires d’action pour renverser tout ce qui existe et opérer un changement total de la société. » L’année 1878 se ferme à la taverne du duc d’Yorck sur une note