Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/582

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A ceux qui n’usent de la liberté que pour briser la légalité, l’autorité a le droit et le devoir de faire face avec énergie. Les aspirations vagues sont d’autant plus redoutables qu’on ne peut les réaliser, et que c’est en augmenter la violence que d’essayer de les satisfaire. Le droit commun appartient à tous, et les avenues sociales sont assez larges pour que chacun puisse y marcher à l’aise. Ceux qui résolument refusent d’y prendre place sont criminels et mettent la société en état de légitime défense contre eux.

Collectivistes, communards de France, démocrates-socialistes d’Allemagne, nihilistes de Russie, appellations diverses, tendances pareilles ; eau de sel, acide muriatique, acide chlorhydrique, étiquettes différentes, même poison. Nous ne sommes pas seuls malades, et les autres nations ne se portent guère mieux que nous. Si ce sont nos défaites inattendues, une indemnité de guerre écrasante, l’amputation de deux provinces, qui chez nous ont déterminé le mouvement furieux de la commune, comment se fait-il que des victoires inespérées, une indemnité de guerre exorbitante, l’annexion de deux provinces, aient déchaîné en Allemagne la férocité des démocrates socialistes ? Le vieil empereur a réalisé le rêve du Vaterland ; il a réveillé Frédéric Barberousse, qui depuis l’an 1190 dormait dans la caverne du Kyffhäuser. Il a enfin créé cette unité après laquelle l’Allemagne soupirait. Cela ne lui a pas fait trouver grâce devant les novateurs, à qui la patrie importe peu. Un docteur Nobiling a tiré sur lui comme sur un loup, parce que le ferblantier Hœdel l’avait manqué précédemment. Celui-ci, avant de monter sur l’échafaud, adonné son dernier souvenir aux grands initiateurs, aux hommes du 18 mars et du 24 mai ; il a écrit : « La roue du temps broie tout sur son passage, vive la commune ! Il n’y a pas de ciel, vivat la France ! » Encore un martyr à placer dans le panthéon communard à côté de Ferré, de Rigault et de Fieschi. La commune a le droit d’être fière, elle a fait des élèves dignes d’elle, et qui sauront peut-être la surpasser un jour. Écoutez la petite chanson que l’on chante à Berlin, dans les salles publiques, lorsqu’on y offre des banquets à quelque député populaire. — « Ici le pétrole, là le pétrole ! — Pétrole partout. — Dans nos verres, versez-le jusqu’au bord. — Vive le pétrole ! — Nous sommes des pétroleurs — inconnus aux hommes, — nous rendons hommage au bon pétrole. — Ah ! comme il brûle — et comme il éclaire ! — Au fond du cœur du peuple, — le pétrole brûle en secret. — Vive à jamais le pétrole ! » C’est là rendre justice à la commune, et l’âme de Victor Bénot, l’incendiaire des Tuileries, a dû tressaillir de joie.

La commune est moins favorablement appréciée par le nihilisme. Nous avions cru qu’elle avait cependant donné bonne