Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/708

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tranquilles ! » Ce n’est pas seulement aux scènes violentes que recourent ces incommodes personnages : ils multiplient les difficultés, ils suscitent des incidens, ils prononcent sur les plus minces matières des discours interminables, ils remettent tout en question, ils usent et abusent de toutes les ressources du règlement pour éterniser les discussions, ils poussent à bout la patience du speaker et de leurs collègues, ils obligent parfois la chambre des communes, comme cela s’est vu dernièrement, à siéger pendant plus de vingt heures sur trente-six. Dans tous les pays civilisés, on a l’usage de se compter, lorsqu’un vote est douteux ; mais qu’il suffise d’un Irlandais pour contraindre une chambre, vingt fois dans le cours de la même séance, à se retirer dans ses couloirs à la seule fin d’établir qu’il y a 250 voix d’un côté et 10 de l’autre, il faut vraiment tout le flegme anglais pour résister à de si rudes épreuves. Les talens de société jettent beaucoup d’agrément dans les réunions, ils servent quelquefois aussi à mettre en péril le régime parlementaire.

Aux obstructionnistes ou empêcheurs venus de la verte Erin se joignent souvent des empêcheurs anglais, ceux qu’on nomme the philosophie politicians, lesquels ne sont point aussi pervers que leurs collègues irlandais. Ils ont au contraire les meilleures intentions, on leur reproche seulement d’en avoir trop. Il est bon d’être philosophe, encore faut-il l’être avec tempérance et à propos. Si les républiques, comme le souhaitait Platon, étaient gouvernées par des sages, ou leur gouvernement laisserait beaucoup à désirer, ou bien. ces sages le seraient assez pour garder dans leur poche une notable partie de leur sagesse. La géométrie est la seule science où il soit impossible d’avoir trop raison. La chambre des communes discutait il y a peu de jours un bill fort important, le nouveau code disciplinaire pour l’armée et la marine. Ce code, sans répondre à tous les vœux et à l’attente des humanitaires, améliorait le sort du matelot et du soldat, adoucissait les peines, offrait plus de garanties aux accusés. On n’avait pas cru pouvoir abolir les châtimens corporels. Le secrétaire d’état pour la guerre avait remarqué à ce propos que, par l’effet naturel du recrutement volontaire, l’armée anglaise renferme quelque écume, beaucoup de gens de sac et de corde, et que le plus souvent elle est appelée à faire campagne dans des pays où il n’y a pas de prisons. Mais on avait réservé l’usage du terrible chat à neuf queues pour les cas où la peine de mort est applicable, on avait réduit le maximum à vingt-cinq coups, on s’était engagé à faire un modèle de chat, qui servirait d’étalon, de prototype, et dont tous les autres seraient de fidèles copies. Le leader du parti libéral, lord Hartington, avait accepté cette transaction et promis de voter le bill, ce qui était fort naturel, puisque jadis, étant ministre, il ne s’était point avisé d’abolir les étrivières. Mais le chef des. politiciens philosophes, M. Chamberlain, ne l’entendait pas ainsi ; il accabla lord Hartington de