Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/709

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reproches, le menaça de rompre avec lui. M. Chamberlain a la sainte horreur du cat et du flogging, et on ne saurait lui en vouloir ; mais il considère toute transaction comme un déshonneur, et c’est de cela qu’on peut le blâmer. Cédant aux menaces des radicaux, lord Hartington faillit à sa promesse, et par un véritable scandale d’inconséquence, il proposa à la dernière heure un amendement qui désapprouvait le maintien du cat. Si cet amendement avait passé, c’en était fait de ce malheureux bill, qui avait traversé presque toute la session en traînant de l’aile, grâce aux mille dégoûts qu’en cette occasion plus qu’en toute autre les obstructionnistes de toute espèce avaient su donner à la chambre par leurs chicanes, par leur humeur chipotière, par leurs longueurs infinies et désespérantes. « Vive les gens faciles en affaires ! disait Voltaire ; la vie est trop courte pour chipoter. » Mais Voltaire avait son idée, et les Irlandais ont la leur. On a su mauvais gré à lord Hartington d’avoir paru un jour faire cause commune avec eux ; on lui a reproché aussi d’avoir capitulé devant la queue de son parti, devant ceux que lord Salisbury appelait tout récemment les Circassiens de l’armée libérale, et une majorité de 106 voix a rejeté l’amendement. Il est dangereux pour un leader de vouloir contenter les philosophes et les Circassiens, c’est-à-dire des gens dont la nature est de n’être jamais contens. Si lord Hartington capitulait une fois encore, ce serait peut-être une bonne carte de plus dans le jeu de lord Beaconsfield, qui trouverait à la placer quand viendra le grand jour de la dissolution.

Les Anglais se plaignent d’un temps d’arrêt dans les affaires, de la pluie, des blés d’Amérique ; ils se plaignent aussi que dans la session qui va finir beaucoup de lois n’ont pu venir en discussion, que plus d’un bill, solennellement annoncé, est resté en souffrance, que l’annual slaughter est plus considérable encore que d’habitude. Voilà des péchés qui ne sont imputables qu’au ciel et aux obstructionnistes, lord Beaconsfield n’a point à en répondre. Mais on lui représente qu’il est bien permis de s’en prendre à lui si ses budgets laissent à désirer, si certaines dépenses ont augmenté, s’il y a de grosses notes à payer, si l’on prévoit qu’avant peu il faudra proposer de nouveaux impôts. M. Gladstone ne lui épargnera pas ces reproches et il conclura en disant : « Voilà ce que nous vaut votre politique étrangère et coloniale. » Il y a dans M. Gladstone un philanthrope très sincère et un financier très habile. Jadis le philanthrope approuva et seconda de son mieux cette politique un peu tracassière à laquelle présidait lord John Hussein et qui consistait à se mêler beaucoup des affaires des petits pays, pour leur donner des conseils, pour leur prêcher la liberté parlementaire et le bonheur. Mais il faut rendre cette justice à M. Gladstone, que le financier tenait en bride le philanthrope et qu’il n’a jamais goûté que les prédications et les conseils qui ne coûtent rien ; il est prêt à condamner la politique d’intervention, the meddle and muddle policy, dès qu’elle