Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/727

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Je m’étais proposé, il y a quelque temps, d’écrire une étude complète sur Prosper Mérimée, et dans cette pensée je m’étais mis en quête de renseignemens et de documens inédits. J’avais interrogé sur son compte des hommes qui généralement ne l’aimaient guère, et des femmes qui avaient conservé de lui un souvenir affectueux et fidèle. J’avais, il est vrai, rencontré aussi des hommes qui le tenaient pour un ami constant et sûr, et des femmes qui le considéraient comme un cynique sans cœur. J’aurais été assez tenté de chercher et de traduire à ma manière le secret de ces contradictions ; si j’y ai renoncé, c’est que je me suis trouvé en présence d’une difficulté dont j’indiquerai brièvement la nature.

Mérimée est peut-être, parmi les écrivains de nos jours, celui qui a pris le plus soin de dérober à une curiosité indiscrète les mystères de sa vie. Il n’a point chanté ses chagrins en vers harmonieux et il n’a point fait l’aveu de ses faiblesses en prose orgueilleuse. Il ne se livrait pas davantage dans la conversation, et le contraste qu’on devinait entre la vivacité intérieure de ses sentimens et la froideur un peu hautaine de ses manières n’était pas un des moindres agrémens de son commerce. Malheureusement pour lui, il n’était pas aussi réservé la plume à la main, et il s’est mal trouvé de n’avoir pas mis en pratique l’axiome qu’il énonçait lui-même : Ne prenez jamais une femme pour confident. Personne n’a oublié le succès de curiosité obtenu, il n’y a pas bien longtemps,