Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/823

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ceux qui conviendraient le mieux aux intérêts et à l’indépendance même de ce corps [1].

Les universités allemandes sont partagées en facultés ainsi qu’en France ; mais ces facultés sont groupées entre elles et forment un faisceau. Cette union paraît avoir été inspirée par la pensée fort juste que toutes les connaissances humaines forment un ensemble, et que l’esprit peut, d’une certaine façon, embrasser la science tout entière. Il semble aussi qu’elle ait pour objet de prémunir l’étudiant et même le professeur contre le danger des études trop spéciales et trop étroites. Elle semble dire à l’étudiant en droit qu’il ne doit pas être étranger à l’histoire, à l’étudiant en histoire qu’il lui faut savoir le droit, et à l’étudiant en philosophie qu’il est nécessaire qu’il connaisse les sciences naturelles. On nous assure pourtant que, dans la pratique, chaque professeur et chaque étudiant, sauf de très rares exceptions, s’isole volontiers dans le cadre restreint de sa science particulière, et que le spécialisme règne dans les universités allemandes.

Ce qui forme chez nous deux facultés distinctes, celle des lettres et celle des sciences, n’en forme qu’une en Allemagne et on l’appelle faculté de philosophie. Ce nom, si on le prend dans son sens le plus vaste et en même temps le plus antique, convient aussi bien à la physique et à la chimie qu’à l’histoire et à la psychologie. Il répond assez bien à l’esprit de recherches qui doit remplir également toutes les chaires, aussi bien celles du philologue et de l’érudit que celles du mathématicien et du botaniste. Il a encore l’avantage d’éviter notre dénomination quelque peu bizarre de faculté des lettres, qui correspond si imparfaitement à l’ensemble des chaires et qui peut parfois égarer le public sur la nature de l’enseignement qui s’y donne.

Les universités allemandes sont plus riches en professeurs que nos facultés. Si je regarde, par exemple, celle de Bonn, j’y trouve, au lieu de nos trois professeurs de littérature (sept à Paris), huit professeurs de littérature ou de philologie ; j’y vois trois professeurs de philosophie, cinq d’histoire, un d’histoire de l’art, un d’économie politique. Et je ne compte dans ces chiffres que les professeurs ordinaires, c’est-à-dire ceux que nous appellerions titulaires en

  1. On peut dire que, d’une certaine façon, les universités allemandes se recrutent elles-mêmes ; car ce sont elles qui confèrent la venia docendi aux privat-docenten qui deviennent plus tard professeurs extraordinaires et ordinaires. — De cette façon aussi, on peut dire que les facultés françaises se recrutent elles-mêmes, car elles confèrent le grade de docteur, et c’est parmi les docteurs que le ministre doit prendre les suppléans et les chargés de cours qui deviennent ensuite professeurs sur la présentation de la faculté.