Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/827

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acquises, mais le plus ou moins de qualités intellectuelles. Il est fâcheux, sans doute, que la nature de ces examens ferme la porte à quelques hommes qui, sans avoir une grande portée d’esprit, pourraient encore se rendre utiles ; il peut même arriver quelquefois qu’un homme d’une grande valeur soit tenu en dehors parce qu’il n’aura pas pensé en temps opportun à se soumettre aux conditions des concours ; mais ce qui serait beaucoup plus fâcheux encore, ce serait que l’enseignement supérieur fût encombré d’intelligences mal faites ou stériles. C’est l’intérêt de l’érudition même que ce triage soit fait tout d’abord ; car le pire danger pour l’avenir de cette érudition serait qu’elle fût livrée à la médiocrité et à l’impuissance. Peut-être a-t-on raison dans une certaine mesure quand on reproche à notre Université un usage quelque peu excessif des examens et des concours ; mais qu’on essaie de se figurer ce que serait sans eux notre enseignement supérieur. Si on les supprimait ou si on les rendait plus faciles, de quels moyens disposerait-on pour écarter la faveur, l’intrigue, le savoir-faire, l’esprit de coterie, l’outrecuidance tapageuse ? C’est grâce à eux que le corps enseignant présente un si remarquable niveau d’esprits relativement élevés et de caractères droits. C’est à eux qu’il a dû, sous tous les régimes, sa sécurité et son indépendance [1].

L’Allemagne ne manque pas non plus d’examens : elle en a plus que nous, elle en a pour presque toutes les carrières ; mais celle de l’enseignement supérieur est peut-être celle où ils ont le moins d’importance et où ils comptent le moins. Rien n’y ressemble à notre licence. L’épreuve qu’on appelle habilitation et qui est exigée pour être privat-docent consiste en une dissertation et en un colloquium, et est une épreuve plus solennelle que sérieuse. En Allemagne même, elle passe pour être insignifiante [2]. Quant au doctorat, il y est encore à peu de chose près ce qu’il était dans les universités françaises de l’ancien régime, c’est-à-dire un examen de pure forme et presque de parade. Le candidat fait une dissertation, qui peut bien parfois se trouver savante et originale, mais pour laquelle la science et l’originalité n’étaient pas nécessaires ; c’est ordinairement une sorte de travail d’étudiant que le jeune homme a préparé en faisant son triennium académique et qu’il a quelquefois rédigé sous l’inspiration d’un de ses professeurs. Quelle

  1. Nous avons signalé quelques-uns des mérites de nos examens ; nous pourrions signaler aussi leurs défauts. Le principal est qu’ils ne sont nullement en harmonie avec l’enseignement supérieur auquel pourtant ils conduisent. Les examens et les cours n’ont entre eux aucun rapport, aucun contact. Il y a là une réforme à faire, et beaucoup de bons esprits s’y appliquent.
  2. Rapport sur l’université de Göttingue, page 171.