Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/837

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


se transvase pas d’un esprit dans un autre ; il faut qu’elle se fasse dans chaque esprit. C’est chaque esprit qui est le véritable auteur de sa science, sous la direction et par l’inspiration du maître.

Cette vérité psychologique a été parfaitement comprise en Allemagne et l’est chaque jour davantage depuis une vingtaine d’années. Les Allemands ont senti ce qui manque à leurs cours, comme nous sentons ce qui manque aux nôtres. Aussi ont-ils institué un mode nouveau d’enseignement. A côté des cours publics, qui demeurent à l’usage de la masse des étudians, ils ont établi ce qu’ils appellent du nom très expressif et très juste de séminaires ; c’est là qu’ils sèment et produisent leurs professeurs et leurs érudits. Ces séminaires sont de très petits groupes d’étudians choisis qui se réunissent auprès d’un maître. Figurez-vous dans une petite chambre, garnie de livres, sept ou huit jeunes gens assis autour d’une table et le professeur à la même table. Ce professeur ne fait pas un cours ; il ne lit pas un cahier ; la plupart du temps ce n’est pas lui qui parle. Il a, quelques jours à l’avance, indiqué le sujet dont on s’occuperait dans la réunion. Un des élèves, désigné par lui, a étudié le sujet ; il a fait des recherches, il a lu et comparé les textes ; il a réuni les opinions des érudits sur la matière et il a dû se faire aussi une opinion. C’est lui qui parle, ou bien il lit un travail écrit. Quand il a fini, les autres élèves argumentent, discutent, relèvent les méprises, signalent les lacunes, attaquent de leur mieux les conclusions de leur camarade. Puis le professeur intervient ; il accepte ou rectifie les résultats obtenus ; il approuve ou blâme, il termine enfin la discussion. On voit que de cette manière c’est l’élève lui-même qui travaillent non plus, seulement, comme dans le cours, le professeur. L’élève n’a pas écouté, il a cherché. Il n’a pas reçu une connaissance, il l’a trouvée. Peut-être n’a-t-il pas appris un aussi grand nombre de faits qu’il s’en peut accumuler dans la leçon d’un professeur expérimenté, mais il a appris comment on trouve les faits, et cela vaut encore mieux. Il a pris une notion juste de la science. Il s’est habitué à lire, il sait surtout comment il faut lire ; il sait par quelles opérations d’esprit on dégage d’un ou plusieurs textes une vérité. De ses deux années de séminaire il n’emportera probablement pas un volumineux cahier de notes, mais il sera en voie de devenir, suivant ses goûts, ou un philologue, ou un historien, ou un philosophe, ou un jurisconsulte.

Ce genre d’enseignement n’est pas inconnu en France ; nous le possédons depuis longtemps, nous l’avions même avant l’Allemagne. Il existe depuis soixante ans à l’École normale. Cette école a été fondée précisément parce qu’on a senti l’insuffisance des cours publics, à former de véritables professeurs. Elle ressemble à