Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/884

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vivant d’une vie réduite à sa plus simple expression, n’ayant que des instrumens de pierre, et dont il est absolument impossible de conjecturer l’origine. Autant qu’on ose affirmer quelque chose de leur état social, il y a lieu de croire que ces peuplades appartenaient à des races inférieures et n’avaient dépassé que de très peu le niveau de la sauvagerie pure. Cependant il y a déjà de l’art dans les croquis d’animaux tracés à la pointe d’un stylet de pierre sur des morceaux d’os et de bois et qu’on a déterrés dans certaines grottes de l’Ariège. Ces croquis doivent remonter bien haut dans le passé, puisqu’ils représentent des animaux disparus depuis l’époque historique. Mais depuis que nous avons vu à l’exposition ethnographique des dessins dénotant une véritable virtuosité exécutés par des Boschimans, c’est-à-dire par des membres d’une des familles les plus abruties de l’espèce humaine, il n’est plus permis de penser qu’un certain développement de l’art suppose toujours un développement social correspondant. Ces premiers habitans ont-ils été exterminés par les nouveaux venus qui avaient un nom et qui l’ont gardé, ou bien se sont-ils fondus dans la masse immigrante ? Rien absolument ne nous permet de résoudre cette question.

Aux temps historiques deux noms de nation, d’origine distincte, se présentent de prime abord dans la Gaule méridionale, ce sont les Ibères et les Ligures.

Les Ibères peuplaient la plus grande partie de ce qui fut plus tard l’Espagne ; mais ils franchirent les Pyrénées, ils occupèrent le pays entre ces montagnes et la Garonne, ils s’avancèrent même plus haut sur la carte, peut-être même ont-ils essaimé sur la surface entière de la Gaule. Il y a des théories ethnologiques d’après lesquelles les deux Bretagnes et l’Irlande seraient encore peuplées par leurs descendans. On est fort tenté de leur attribuer ces étranges monumens mégalithiques, dévolus à tort au druidisme, et qui forment une chaîne de l’Afrique septentrionale aux îles britanniques tout le long du littoral. Ce qui est plus certain, c’est que les Ibères allèrent à l’est plus loin que la haute Garonne et se rapprochèrent du Rhône. C’est entre les deux fleuves qu’ils rencontrèrent les Ligures et fusionnèrent avec eux. Refoulés d’une manière pour ainsi dire continue vers les Pyrénées par l’élément celte ou gaulois, ils offrirent à la fin un front de résistance qui rendit impossible leur absorption totale. On peut sans témérité retrouver leurs descendans chez nos Basques, cette fraction si caractérisée de notre famille française, et dont la langue est une exception si curieuse en Europe. Quand la Gaule reçut d’Auguste une organisation qui resta définitive à bien des égards, les neuf peuples d’Aquitaine demandèrent et obtinrent de former un groupe à part, ayant ses lois et