Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/885

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son organisation distinctes. Les noms anciens d’Auch (Eliberis), d’Elne (Illiberis), permettent de les rapprocher de plusieurs noms analogues en Espagne. Les Ibères sont-ils venus d’Afrique à travers l’Espagne, comme plusieurs ethnologues inclinent à le croire ? Nous n’oserions l’affirmer, bien que cette hypothèse soit loin d’être construite en l’air.

Les Ligures, au contraire, ou plus exactement les Liguses, dont le grand centre d’établissement fut toujours la rivière de Gênes, doivent être venus d’Orient par la vallée du Danube, une des routes les plus fréquentées par les grandes migrations. Il est fort difficile de préciser leurs limites en Occident ; mais il est certain qu’ils s’avancèrent au delà du Rhône, et qu’au temps de la conquête romaine, la Provence conservait encore les traces de leur ancienne prépondérance. A l’époque d’Hésiode, qui ne connaît pas encore les Celtes, c’est-à-dire vers le IXe siècle avant notre ère, les Ligures désignaient pour les Grecs le peuple de l’extrême Occident. Ce qui est à noter, c’est que toutes les recherches faites dans le but de retrouver quelques traces de leur langue tendent à montrer qu’elle avait un grand air de famille avec les langues celtiques. C’est peut-être ce qui favorisa leur fusion avec les Celtes arrivant du nord. L’antiquité connut en effet une population celto-ligure. C’est avec ces Ligures qu’eurent affaire les Grecs fondateurs de Marseille. Ce sont eux qui, selon la légende, combattirent Hercule dans les champs de la Crau. Il semble bien que cet Hercule ne soit autre que le Melkarth de Carthage qui s’est trouvé mêlé on ne sait trop comment à quelque vieux mythe local. Ce qui indique du reste chez cette nation ligure une certaine prédisposition native au commerce ainsi qu’un sentiment assez élevé de ses conditions essentielles, c’est que, bien avant l’arrivée des Romains, il est question d’une route conduisant d’Italie en Espagne par ce pays celto-ligure. Les voyageurs y jouissaient d’une grande sécurité parce que les riverains de cette voie se tenaient pour responsables des attaques dont les passans pouvaient être l’objet.

Le Ligure, comme l’Ibère, était généralement petit, sec, nerveux, sobre, dur au travail, intéressé, pas toujours loyal. Une remarque à faire, c’est que plusieurs peuplades ligures cherchèrent leur assiette dans les hautes vallées des Alpes, et que dans le nombre se trouvaient les Medulli, signalés par Vitruve à cause de la fréquence des goitres, et l’on attribuait déjà cette infirmité à la nature des eaux qu’ils buvaient. Lorsque l’élément gaulois proprement dit vint se superposer à l’élément ligure, — et ce dut être avant les guerres puniques, puisque Hannibal n’eut affaire qu’à des Gaulois dans la région du Rhône, — il semble que les deux populations se soient entendues assez aisément. Mais il n’en aurait pas été de même