Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/939

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Les Pensées de Blaise Pascal, texte revu sur le manuscrit autographe, avec une préface et des notes, par M. Molinier, 2 vol. in-8°. A. Lemerre, 1877-79.


Je voudrais pouvoir ici reproduire en fac-simile le manuscrit autographe, ou du moins ce que l’on est convenu d’appeler, pour la commodité du discours, le manuscrit autographe des Pensées de Pascal. Car d’en parler comme Victor Cousin, par exemple, et de montrer aux yeux « ce grand in-folio où la main défaillante de Pascal a tracé, dans l’agonie de ses quatre dernières années, les pensées qui se présentaient à son esprit, » ce n’est pas en avoir indiqué la physionomie vraie. Comprendrait-on, s’il ne s’agissait que d’un manuscrit comme tous les autres manuscrits, ou n’en différant qu’à peine par quelques difficultés de lecture, que le texte authentique de Pascal ne fût pas encore, depuis longtemps, et pour toujours, fixé ? Comprendrait-on que le caractère lui-même de l’œuvre fût un objet de controverse entre philosophes et chrétiens ? Comprendrait-on enfin qu’il pût y avoir sur Pascal tant d’opinion ? , si diverses, et dont chacune, il faut l’avouer, trouve dans quelque fragment des Pensées un commencement de justification ? Est-ce qu’il y a deux opinions sur l’Exposition de la Doctrine catholique ou sur la Politique tirée des propres paroles de l’Écriture sainte ? c’est-à-dire, si les avis se partagent et que les sentimens s’opposent quand il s’agit de juger Bossuet, ses doctrines, son rôle d’évêque dans l’église et de prélat à la cour, pouvons-nous un seul instant nous méprendre sur ses intentions, et ne voyons-nous pas bien d’abord ce qu’il nous veut et où il nous mène ?

Or précisément, si le lecteur avait là, sous les yeux, l’autographe de Pascal, s’il voyait sur les pages du grand in-folio ces fragmens de papier jaunis, de toutes les formes, de toutes les grandeurs, collés à l’aventure, comme par une main d’ouvrier, singulièrement négligente ou