Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 36.djvu/159

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


cette aisance dont un domicile fixe est le signe le plus certain. Cependant, il était à présumer que la plupart des gens auxquels le bill semblait accorder pour la première fois le droit de suffrage en étaient déjà en possession ; on pouvait douter que toutes les catégories énumérées dans la mesure produisissent autant d’électeurs nouveaux qu’un simple abaissement du cens dans les bourgs. On avait donc beau jeu pour taxer le bill d’insuffisance, et les radicaux accusèrent le ministère de vouloir perpétuer l’exclusion des classes laborieuses. De son côté, lord John Russell lui imputa l’intention de dépouiller les francs-tenanciers de leur droit, bien que le bill proposât seulement de faire voter au bourg, et non plus au comté, les francs-tenanciers domiciliés dans l’enceinte des villes.

La coalition devant laquelle le premier cabinet de lord Derby avait succombé se reforma aussitôt. Les deux reproches qu’on adressait au bill du gouvernement furent réunis dans une motion désapprobatrice, dont lord John Russell prit l’initiative. Une partie des libéraux indépendans refusèrent d’entrer dans cette coalition : MM. Liddell, Mills, Horsman, donnèrent leur appui au gouvernement ; à leur suite, trente-deux membres du parti libéral votèrent avec le ministère. Cet appoint eût été suffisant s’il n’avait été plus que compensé par les défections qui se produisirent au sein des conservateurs. La motion de lord John Russell fut adoptée par 330 voix contre 289. Dès le lendemain, lord Derby se rendit chez la reine et lui demanda d’agréer la démission du cabinet ou de lui accorder l’autorisation de dissoudre le parlement. La reine hésita avant de laisser dissoudre une chambre qui ne comptait que deux années d’existence ; elle voulut prendre conseil de lord Lansdowne ; sur le loyal aveu fait par cet homme d’état qu’aucun des chefs de l’opposition n’était en mesure de former un cabinet viable, elle préféra conserver ses ministres, et la dissolution fut prononcée le 22 avril. Les élections marquèrent un nouveau (progrès du parti conservateur : il gagna 29 sièges, et dans plusieurs collèges ses candidats ne manquèrent l’élection que de deux ou trois voix. Les complications dont le continent était le théâtre exercèrent une influence défavorable au cabinet ; nombre d’électeurs estimèrent que, si le portefeuille des affaires étrangères, au lieu d’être tenu par lord Malmesbury, avait été en des mains plus vigoureuses, comme celles de lord Palmerston, toute chance d’une guerre entre la France et l’Autriche aurait pu être écartée. Le ministère approcha donc très près de la majorité, mais il ne put y atteindre et, dès la réouverture du parlement, l’adoption par 323 voix contre 310 d’une motion qui impliquait un refus de confiance le contraignit à quitter le pouvoir. De longues négociations aboutirent à la formation d’un ministère de coalition, ayant à sa tête lord Palmerston, et dans