Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 36.djvu/659

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— Tu auras le grand dîner et la voiture. — Après la femme alla réclamer du Seigneur le titre de comtesse pour elle et de comte pour son mari. Mais le Seigneur perdit patience et lui répondit : — Va-t’en ! Ton mari sera crottin, et tu seras crotte. — L’arbre aussitôt se cassa ; la femme et le mari tombèrent dans la boue et y sont restés.

Nous rentrons dans les légendes ; celle des oies, qui nous vient aussi de Milan, rappelle par certains traits le souvenir de saint Antoine et du bon François d’Assise.

Un roi avait une fille ; quand elle fut grande, il lui demanda si elle voulait se marier. Elle répondit que sa vocation était d’être nonne. Le roi, qui n’avait que cette fille, en fut affligé ; pour ne pas la perdre tout à fait, il lui fit construire un couvent dans la ville, il lui donna de grandes terres et elle devint supérieure du couvent. Les. fermiers firent les semailles, mais vinrent douze oies sauvages qui mangèrent tout le grain. Plainte fut portée à la supérieure, qui dit aux fermiers : — Commandez de ma part à ces oies de venir ici, dans la basse-cour. — Les fermiers en prirent une et la mangèrent, pensant qu’on n’en saurait rien ; les autres oies s’en allèrent à la basse-cour sans se faire, prier, parce que la mère abbesse était une sainte. Elle leur fit une réprimande et leur dit : — Pourquoi donc avez-vous mangé le grain de ma campagne ? Est-ce que le grain est à vous ? — Les oies écoutaient. Après avoir fait cette réprimande, elle leur donna la bénédiction, et les oies montèrent en l’air, mais ne s’en allèrent point. La mère abbesse les bénit encore jusqu’à trois fois ; mais, voyant qu’elles ne s’en allaient pas, elle manda les fermiers, et leur dit : — Qu’avez-vous fait à ces oies ? Dites-moi la vérité et ne mentez point. — Ils répondirent : — Puisque nous devons dire la vérité, quand nous avons vu que les oies venaient ici, nous en avons pris une, nous lui avons tordu le cou et nous l’avons mangée. — Pourquoi donc, vous autres, mangez-vous les oies ? Est-ce qu’elles sont à vous ? — Non, elles ne sont pas à nous. — L’avez-vous mangée tout entière ? — Non, il en reste quatre os dans la terrine. — Apportez-les-moi tels quels et n’y touchez pas. — lis les lui portèrent ; elle les prit dans ses mains, et il en sortit une oie vivante qui alla rejoindre les autres. Elles firent toutes une grande fête à l’abbesse, qui leur dit d’aller où elles voudraient.

Cette légende a été racontée par une femme de Nusto-Artizio : on ne sait où elle l’a prise. Une autre légende met en scène saint Ambroise, qui est, comme on le sait, le protecteur de Milan.

Il y avait une fois trois garçons pauvres, qui ne savaient plus comment faire pour vivre et qui n’avaient plus ni papa ni maman. Et ces pauvres garçons devaient aller à la messe un à un parce qu’ils n’avaient qu’un seul habit pour eux trois. Un jour, saint Ambroise