Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 36.djvu/671

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sorte et je veux lui demander combien ils sont dans la famille. — La fillette sort de la boutique du charcutier. François dit : — Bambine, excusez-moi ; venez ici. — Que voulez-vous, messieurs ? fait cette enfant aux deux jeunes gens, aussi bien à François qu’à l’autre. — Et il lui dit : — N’y a-t-il personne ici qui donne de quoi se rafraîchir ? — La petite fille répond : — Entrez, messieurs, parce qu’en ce moment monsieur mon père va se mettre à table : il donne à boire et à manger à tous les voyageurs qui viennent ici.

Car cet homme, vous devez le savoir, était un charbonnier. Il faisait du charbon, et c’était pour cela qu’on voyait de loin des flammes. Entrent Petit François, son compagnon et tout. La petite fille dit : — Monsieur mon père, il y a ces deux messieurs qui veulent se rafraîchir. — Fais-les mettre à table ; on va dîner à l’instant même. — Ils se mettent à table et tout. Vient le charbonnier, vient sa femme, vient un fils et la petite fille. François brûlait d’impatience et demanda : — Dites-moi, monsieur le patron, n’y a-t-il que vous dans la famille ? — Le père répond et dit : — Quoi donc, Rosine n’est pas venue ? Qu’est-ce qu’elle fait ? — La sœur va dans l’autre chambre et crie : — Rosine, que fais-tu ? Ne viens-tu pas dîner ? C’est monsieur mon père qui l’a dit. — Rosine répond : — Écoute, je ne veux pas venir, sais-tu ? Il y a ces deux messieurs, j’ai honte. — La petite fille revient. — Savez-vous, monsieur mon père, elle ne veut pas venir parce qu’elle a honte de ces deux messieurs qui sont là. — Elle voulait parler de François et de cet autre. — Ah ! dit François, dites seulement que nous autres nous ne sommes pas des messieurs qui fassent honte aux gens. Elle peut venir, elle peut venir dîner. Qu’elle ne soit pas intimidée à cause de nous. — La petite sœur va le dire à la grande. — Je finis ma toilette, et je viens. — La voici qui apparaît pour se mettre à table. François, qui la regarde, dit à son compagnon : — Laisse-moi faire, c’est tout le portrait de point en point.

Eh ! c’est un dîner que celui-là, un dîner somptueux : bouteilles, café, confitures ; ils mangent, boivent, s’amusent. Petit François dit enfin : — Monsieur le patron, vous me direz maintenant ce que je dois. — Rien, répond l’homme ; aux messieurs qui viennent dans l’île qui est ici, je ne fais rien payer. — Savez-vous, monsieur le patron ? dit François, il faut que vous veniez voir une très belle chose dans mon bâtiment ; vous vous y amuserez beaucoup, savez-vous ? Vous devez venir la voir avec toute votre famille.

Ils se lèvent de table, s’habillent très joliment, aussi bien le charbonnier que sa femme, son fils, sa fille, pour aller dans le navire avec ces deux jeunes gens. Ils se lèvent, sortent de la maison, vont dehors, ferment la porte et s’acheminent vers le bord de la mer pour entrer dans le bâtiment. Quand ils y sont entrés, Petit François