Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 36.djvu/678

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dit : — Eh ! est-ce qu’on marche sur un seul pied ? — Eh ! l’autre pantoufle, je me la ferai rendre par celui qui me l’a volée. — Faites un petit tour sur les quais de l’Arno, puis revenez et vous trouverez la pantoufle belle et faite. Elle revient. — Voici, madame, venez, venez, essayez-la. Elle l’essaie, la pantoufle allait fort bien. Elle l’enveloppe dans le mouchoir où étaient les bijoux et la met dans sa poche. — Adieu, tu seras averti quand tu devras venir prendre ton argent. — Allez, allez, madame. Elle s’en va avec la laitière qui lui dit : — Madame, on ne passera pas, savez-vous ? au beau milieu de la place. — Bah ! bah ! bah ! je veux passer. Toi, prends-moi par le pan de ma robe et ne me quitte pas, sais-tu ? Je passe, moi ; tu dois passer aussi, toi. — La femme de monsieur Jean veut passer. Les gardes voulaient la repousser en arrière. Elle les fait céder à droite et à gauche et passe au beau milieu de la place avec la laitière qui ne la quittait pas. En allant vers les juges, la laitière lui dit : — Voyez-vous, madame, celui-là qui est au milieu des juges, avec le chapeau blanc sur la tête : c’est M. Joseph. — Oh ! que tu as bien fait de me le dire ! Si bien que quand elle est devant les juges : — Messieurs, bien trouvés ! Je demande justice. — A présent, madame, on ne peut prendre garde à vous parce qu’il y a cette autre fête à faire. Il faut d’abord la finir, après quoi nous prendrons garde à vous. — Au contraire, je veux qu’on me rende sur-le-champ la pareille de cette pantoufle que ce monsieur m’a volée. Les juges se tournent vers M. Joseph. — Eh ! quoi, monsieur Joseph, que veut dire ceci ? — Comment est-il possible que je lui aie volé sa pantoufle, puisque je ne connais pas cette dame. Depuis qu’elle a été mise en nourrice je n’ai jamais eu le plaisir de la voir. — Donc, porc immonde, car tu n’es pas autre chose, comment peux-tu dire que tu as passé une nuit avec la femme de monsieur Jean, puisque tu viens de déclarer aux juges que depuis le jour où on m’a mise en nourrice, tu as l’honneur de me voir pour la première fois ? Vous entendez, messieurs ? ajouta-t-elle en se tournant vers les juges. — M. Joseph dut confesser en public la pure vérité ! — Il n’y a pas de mal, dirent les juges. Otez les fers que monsieur Jean porte aux mains et aux pieds et mettez-les à M. Joseph. — On envoya la patrouille chercher la vieille femme pour la transporter sur la place au milieu des juges. La patrouille va chez la vieille, on frappe. Elle se met à la fenêtre : — Que voulez-vous, messieurs ? — Face contre terre ! vous devez aller devant les juges. — Les juges n’ont pas affaire à moi ! Qu’ont-ils affaire à moi, les juges ? — Venez de bon gré, sinon on vous fera venir ! de vive force. — Elle ne voulait pas ouvrir. ON abattit la porte, on prit la vieille pieds et poings liés et on la transporta sur la place. Elle aussi dut confesser en public depuis l’i jusqu’à l’a. On la mit sur