Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 36.djvu/781

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étincelle et fait explosion ; le vaisseau s’embrase. Ainsi succombèrent soixante-dix personnes et fut perdu un bâtiment bien équipé, représentant une valeur considérable.


II

En 1814, les missionnaires : évangéliques vont tenter de s’établir à la Nouvelle-Zélande ; c’est le commencement d’une nouvelle période dans l’histoire des relations des Anglais avec les indigènes des grandes terres que découvrit Abel Tasman. Ces terres sont alors moins connues des Européens, déclare le narrateur de la première expédition des membres du clergé anglican, que toutes les îles importantes de l’Océan-Pacifique. Les baleiniers, les chasseurs de phoques, les coupeurs de bois ont pu ; signaler des détails de la configuration des côtes et se transmettre des indications à l’égard des meilleurs mouillages ; du reste, ils n’avaient nul souci du pays. Ils continuaient à se livrer sans vergogne à d’odieuses déprédations, à commettre le meurtre d’insulaires avec l’indifférence ou lajoie du chasseur qui tire sur les fauves. Les gens de mœurs douces que l’intérêt ou la curiosité aurait entraînés vers le pays peu exploré étaient toujours retenus par la crainte de se trouver aux prises avec les anthropophages. La terrible aventure du Boyd avait ravivé la frayeur des dangers auxquels on s’exposait en visitant la Nouvelle-Zélande.

Tout concourt à éloigner des esprits calmes l’idée de fonder un établissement au milieu d’une population redoutable ; mais un de ces hommes qui s’exaltent à la pensée d’accomplir un dessein irréalisable aux yeux des autres hommes songe à porter la civilisation sur la terre en apparence la plus ingrate. Samuel Marsden, chapelain principal de la Nouvelle-Galles du Sud, admire les succès des missionnaires à Taïti, il rêve pour lui-même un succès plus étonnant. on parle de périls ! il se sent assez courageux pour les affronter, se croit assez habile pour les conjurer. L’indignation lui est montée au cœur au récit des atrocités commises envers les insulaires par les équipages des navires européens ; il veut mettre un terme à tous ces crimes. Vivant depuis de longues années dans la colonie pénitentiaire de la Grande-Bretagne, il a vu de près tant d’affreux misérables que s’explique sans peine son goût pour les sauvages. D’ailleurs ce religieux cherche aussi où sera la gloire ; il brûle du désir de répandre sa foi chez’ des peuples primitifs. A tous les vues de Marsden semblent chimériques ; son projet est jugé dans la colonie avec une extrême défaveur : on le déclare non-seulement impraticable, mais encore inconsidéré, absurde, extravagant, — c’est le sacrifice inutile de la vie de ceux qui se dévoueront à l’œuvre.