Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 36.djvu/793

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avantages pour une colonie, et déjà essayant de plonger dans l’avenir, ils voient en imagination une vaste cité européenne emplissant de bruit l’endroit aujourd’hui solitaire.

En retournant à Waïmata, on rencontre partout l’hospitalité des habitans ; au milieu d’un village, une fois de plus on constate avec quelle rigueur les objets ou les lieux réputés tabou, interdits ou sacrés, sont tenus en vénération ; on observe avec intérêt l’opération du tatouage effectuée au moyen d’une pointe d’os effilée comme une aiguille, et il est décidé que les missionnaires devront agir pour amener l’abandon d’un usage absurde. A Rangihou, Marsden et Nicholas trouvent les membres de la mission, chacun avec sa femme, installés d’une manière assez confortable dans les appartemens de la grande case et entourés de plusieurs indigènes, hommes et femmes pris à leur service. Le maître chapelain de la Nouvelle-Galles du Sud nourrissait le désir de voir la région que traverse la Tamise, la belle rivière rendue fameuse par le récit du capitaine Cook. On mit à la voile et, les gens d’église ayant tous pris domicile à terre, Marsden et Nicholas n’avaient plus sur l’Active que cinq compatriotes, le maître d’équipage et les matelots ; Tuatara et Korokoro, qui faisaient partie de l’expédition, s’étaient embarqués avec une suite nombreuse, ainsi pouvait-on compter vingt-huit Néo-zélandais sur le navire, qui ne portait pas plus de sept Européens. Marsden avait pleine confiance en ses nouveaux amis. Après s’être approchée du rivage de Wangaroa, l’Active, changeant de direction, ne tarda point à faire son entrée dans la baie où débouche la Tamise. Le vent soufflait ; les explorateurs tombent d’avis que la baie des lies est préférable pour une colonie. En confirmant l’exactitude de la description de Cook, sans partager le même enthousiasme, Marsden et son compagnon notent que, depuis la visité du grand navigateur, trois vaisseaux seulement s’arrêtèrent à cette place, deux fort légers, l’autre d’un certain tonnage, qui, pour avoir chassé sur ses ancres, courut les plus grands dangers.

En passant à la baie de Bream, on admira cette sorte de roche trouée figurant une arche immense qui avait paru d’un effet prodigieux à MM. Banks et Solander. On apprit que, pendant une relâche, l’équipage d’un baleinier avait enlevé plusieurs femmes ; on fit la rencontre de Moïhangi, le jeune Néo-Zélandais que neuf années auparavant le docteur Savage avait emmené en Angleterre. A la surprise du révérend Marsden, l’insulaire semblait ne conserver aucune impression avantageuse de la vie d’un peuple civilisée. Avait-il tort ? Les sauvages, disait-il, invitent à boire et à manger ceux qui ont faim ou soif, les gens civilisés ne donnent rien. Marsden et Nicholas, présentés par Moïhangi au chef du district, furent accueillis de la façon la plus courtoise. Quelques présens achevèrent de mettre