Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/184

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Il y a six mois, la question de la liberté d’enseignement était encore entière. Nous n’avions en face de nous que la personnalité d’un ministre, et nous n’étions qu’à la veille de la lutte. Depuis, les choses ont bien changé d’aspect ; d’une part, au lieu d’un ministre isolé, dans un cabinet qui faisait un peu de nécessité conviction, nous sommes en présence d’un ministère où les opinions de M. Ferry ne risquent plus de trouver un seul contradicteur et qui ne peut manquer d’engager sa responsabilité collective sur le fond même du débat ; d’autre part, deux grandes batailles ont été livrées à la chambre des députés et devant les conseils généraux. Deux grandes manifestations du suffrage universel sont intervenues. Mais, voyez la complication, ces deux manifestations ont donné des résultats diamétralement contraires. Où la chambre s’était prononcée pour le gouvernement, les conseils généraux, en dépit de toutes les sollicitations administratives, se sont élevés avec une rare énergie contre les projets de M. le ministre de l’instruction publique ; en sorte que le plus clair résultat de la campagne entreprise par M. Jules Ferry est d’avoir déjà mis le suffrage universel aux prises avec le suffrage universel : la chambre d’un côté, les conseils généraux de l’autre. Ces deux forces sont désormais dissociées, un dissentiment profond les sépare. Ce que l’amnistie elle-même n’avait pu faire : ébranler la confiance des républicains de raison qui formaient un précieux appoint pour le régime actuel, l’article 7 l’a fait. C’est en effet grâce au concours de ces républicains de raison que les conservateurs ont eu la majorité dans beaucoup de nos