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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




31 décembre 1879.

C’est plus qu’un usage, c’est une sorte d’irrésistible instinct qui fait qu’à cette heure mystérieuse et fugitive de séparation entre deux années, on est tenté de s’arrêter un instant pour s’interroger sur les œuvres accomplies ou inachevées de la veille, sur le chemin parcouru, et sur ce qu’il y aurait à faire, sur la route qui reste à parcourir pour arriver à un but toujours prêt à se dérober. Huit fois déjà, depuis que la France a revu les jours d’épreuve, ce moment est revenu dans des conditions d’une gravité particulière, et aujourd’hui encore le cours des choses nous ramène à cette heure de recueillement où les esprits réfléchis se demandent à quoi a servi cette année révolue, ce qu’elle représente d’efforts stériles et de vœux trompés, comment on pourrait mieux faire. Il est certain pour l’instant que cette année qui s’achève ne comptera pas parmi les périodes de promission. Elle n’a été bien employée ni pour la fortune morale de la France, ni pour l’affermissement des institutions, ni pour le crédit d’un gouvernement nouveau, et ce qu’il y a de plus clair, c’est qu’à l’heure présente on n’est pas plus avancé qu’il y a onze mois ; on l’est même beaucoup moins en ce sens qu’on arrive au bout de l’étape avec des illusions perdues, des craintes ravivées et une certaine fatigue universelle mal déguisée.

Lorsqu’il y a près d’un an, la république prenait pour ainsi dire possession d’elle-même et entrait dans son vrai règne par une présidence nouvelle, avec des pouvoirs que les élections venaient, disait-on, de remettre en harmonie, tout semblait assez simple. L’ancienne majorité du sénat avait disparu dans le scrutin. M. le maréchal de Mac Mahon, considéré comme le dernier espoir et le dernier prête-nom des réactions, avait disparu par une démission plus ou moins volontaire. M. Dufaure lui-même, quoique son intégrité ne pût être suspecte et que son nom fût une garantie aussi bien qu’un honneur, M. Dufaure avait fait à beaucoup de républicains peu prévoyans le plaisir de s’effacer pour laisser la place à des hommes nouveaux. Tout était nouveau ou à peu près dans un régime qui ne rencontrait plus de contestations sérieuses.