Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/232

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De difficultés, il n’y en avait point réellement, il n’y avait que celles qu’on pouvait se créer, qu’il était si facile d’éviter en imprimant à la direction des affaires un caractère d’équité supérieure, de libérale et intelligente fermeté. Quelques mois ont suffi pour altérer d’une manière sensible cette situation, pour réveiller les doutes autour d’un gouvernement à qui tout semblait facile et pour ramener l’opinion, déconcertée, redevenue un peu sceptique, eu face des crises nouvelles qui viennent de marquer cette fin d’année. Et qu’on ne dise pas que c’est exagérer la portée d’incidens après tout ordinaires dans des pays libres, que la défiance est un tort, que l’avenir est aux optimistes. Malheureusement la confiance des satisfaits, des beati possidentes, que tous les régimes rencontrent sur leur chemin pour les flatter et pour les tromper, cette confiance n’a jamais changé la réalité des choses et n’a jamais servi à rien. Qu’on ne dise pas non plus que, si l’année finit au milieu d’un certain malaise, si les conditions politiques se sont aggravées ou troublées, c’est l’œuvre des partis hostiles. Les partis hostiles évidemment n’y pouvaient rien, ils n’ont de chances que par les fautes qu’on multiplie et dont ils se réservent de profiter. Qui donc a cherché sans cesse depuis dix mois à introduire dans la politique nationale les inspirations jalouses et exclusives de l’esprit de parti, au lieu de s’attacher avant tout à consolider le règne régulier et rassurant des institutions nouvelles ? qui donc s’est plu à soulever toutes ces questions artificielles, irritantes, qui menacent tantôt le sentiment de sécurité sociale, tantôt la position de modestes serviteurs du pays et l’indépendance de la magistrature, tantôt l’inviolabilité des croyances religieuses ? qui donc, en un mot, s’est fait un jeu de tout compliquer ? Les chambres ont assurément contribué à cette aggravation de toute chose, faute d’avoir en elles-mêmes une force de direction, une majorité réelle, capable de se défendre des tentations et des pièges. Le gouvernement, de son côté, n’y a certes pas nui en se prêtant un peu à tout et en laissant tout faire, en rachetant la résistance à quelques excès par des concessions qui le désarmaient, qui l’affaiblissaient dans son caractère et dans son autorité de pouvoir modérateur. Le résultat a été que tout s’est amoindri par degrés dans la confusion.

C’est l’œuvre de ces dix mois, et, par une coïncidence curieuse de plus, le jour où une majorité a essayé de se révéler, où le ministère a paru se refaire un crédit par un vote de confiance qui ne lui a pas été refusé, ce jour-là même la crise s’est ouverte comme pour mieux montrer qu’il n’était plus temps, que la faiblesse venait de plus loin, qu’elle était dans la situation tout entière. Le dernier cabinet s’est affaissé sans avoir été vaincu, parce qu’il ne pouvait plus vivre avec ses divisions intestines mal dissimulées, avec ses oscillations et ses transactions incessantes où s’épuisait le crédit des hommes sans profit pour les affaires et pour le pays. Il s’est effacé, et c’est dans ces conditions que vient de