Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/363

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choquer et renverser le monde… Ô bon Dieu ! quels étonnans mouvemens ! quelles étranges contorsions ! quels furieux roulemens, tantôt en boule, tantôt en d’épouvantables figures ! Quelles fréquentes et rudes convulsions en de si délicates créatures, et avec tant de réitération et de renforcement ! L’on m’aura beaucoup persuadé, je vous assure, quand je croirai que les hommes sensés et judicieux feront passer toutes ces convulsions pour maladie, et tous ces étranges mouvemens et roulemens pour gentillesse de bateleurs. Mais ce qui démonstrativement convainc tout esprit humain, et qui est entièrement sans, réplique, et ce que hautement ont avoué tous les fameux médecins, est ceci : qu’il est du tout impossible que des convulsions, et de si terribles, arrivent naturellement par maladie, durent si longtemps, reprennent si fréquemment, et qu’elles soient sans lassitude après qu’elles sont passées, et enfin qu’elles ne détruisent pas le sujet. »

N’en déplaise au brave capucin, ces accès de démonomanie sont une maladie véritable. On peut en classer les symptômes, les phases, le début, le milieu et la fin, et on peut affirmer que les a étranges roulemens » de la sœur Marie de Louviers appartiennent à la seconde période de l’accès hystéro-épileplique.

A la troisième période, on n’observe plus ces attitudes bizarres, acrobatiques, qui ont caractérisé la phase précédente. Les membres ne sont plus projetés dans tous les sens par l’excitation démesurée de la moelle épinière. La vie cérébrale qui, depuis le début de l’attaque, avait été complètement abolie, est revenue, et la conscience a reparu, au moins en partie. C’est le moment où se dressent des hallucinations de toute sorte, tantôt gaies, tantôt tristes, tantôt amoureuses, tantôt religieuses ou extatiques. Chaque fois qu’une image a surgi dans l’esprit, aussitôt les mouvemens des membres, les traits de la physionomie, l’attitude générale du corps, tout se conforme à la nature de cette hallucination. Ces poses, ces attitudes passionnelles, ont une vivacité, une vigueur d’expression qu’on ne saurait retrouver ailleurs. Le plus habile acteur ne sera jamais en état de représenter l’effroi, la menace, la colère, avec autant de véracité et de puissance que ces pauvres filles hystériques, qui se démènent agitées par un furieux et mobile délire. Celle-là se croise les bras et lève les yeux au ciel dans une attitude de religieuse admiration, comme si elle voyait les nuages s’entr’ouvrir pour lui montrer des saints ou des dieux. Cette autre parle à sa petite fille dont elle est éloignée depuis longtemps et à qui elle adresse les plus tendres paroles. Celle-ci voit des animaux immondes, des lézards au bec rouge, des yeux tout sanglans, des chauves-souris énormes, et ses traits expriment une indicible horreur.