Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/408

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18,968,605 habitans, sur lesquels, déduction faite des vieillards et des enfans, 11,500,000 individus travaillent à la terre d’une manière active, 5,727,000 hommes et 5,773,000 femmes : en évaluant à 266 le nombre annuel de journées de travail des hommes et à 172 celui des femmes, on arrive à un total de 1,523,382,000 journées pour les premiers et de 992,956,000 pour les dernières. On voit immédiatement par là quel énorme accroissement de travail on peut obtenir par l’amélioration du régime alimentaire des ouvriers ? aussi est-ce bien à tort qu’on se plaint souvent de leurs exigences sous le rapport de la nourriture, car augmenter la ration du travailleur des champs, c’est augmenter sa puissance, multiplier la main-d’œuvre disponible et par conséquent accroître la richesse du pays.

Ce que nous venons de dire des hommes est également vrai des animaux : le travail qu’ils produisent est beaucoup plus considérable lorsqu’ils sont bien nourris que, lorsqu’ils le sont mal, et l’on a calculé que pour le cheval, par exemple, l’unité de travail utile coûte trois fois moins cher lorsque la nourriture est abondante que lorsque celle-ci est peu supérieure à la ration d’entretien. Le prix de revient de la journée de cheval est, d’après M. Hervé-Mangon, de 2 fr. 45, et le prix du kilogrammètre, c’est-à-dire de l’effort nécessaire pour élever un kilogramme à 1 mètre de hauteur, de 0 f. 00000163, en évaluant à 1,500,000 kilogrammètres le travail journalier. Le bœuf ne produit qu’un million de kilogrammètres par jour ; mais comme il coûte moins à nourrir et que l’amortissement est nul, puisqu’on revend l’animal souvent plus cher qu’on ne l’a acheté, le prix de revient de la journée, et par conséquent celui du travail produit, est moins élevé que pour le cheval.

L’outillage du cultivateur a été pendant longtemps d’une extrême simplicité. C’était avec un morceau de bois recourbé, traîné par lui-même, qu’il égratignait la terre avant de l’ensemencer ; c’était avec deux bâtons réunis par un lien flexible qu’il détachait le grain de ses enveloppes, avec une corbeille grossière qu’il le vannait et le séparait des corps étrangers, entre deux pierres qu’il l’écrasait pour le transformer en farine. A mesure que la civilisation se développa, que les débouchés se multiplièrent, que le temps devint plus précieux, que les capitaux furent plus abondans, il sentit la nécessité d’opérer plus rapidement et avec moins de déchet. Il demanda aux machines de battre et de nettoyer le grain, de hacher la paille, de fabriquer le beurre, de monter l’eau, de se substituer en un mot au travail manuel partout où celui-ci peut être remplacé. La force motrice nécessaire pour mettre ces engins en mouvement peut être demandée sort aux animaux, soit