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LE BRÉSIL EN 1879.

sistance , un peu de poisson ou de viande séchée, des bananes, de l’eau pure ; comme friandise, des pois noirs, du manioc et de l’aguardente ; une cabane sans propreté pour gîte ; la pêche de temps en temps, la discussion politique, l’amour, un coup de couteau par-ci par-là, et le farniente, telle est la vie de l’homme du commun. Si l’on songe qu’avec un caractère pareil chez les créoles, le Brésil compte en moyenne un habitant par 80 hectares et dans certaines provinces à peine un habitant par 2 000 et même 3 000 hectares, on s’explique facilement que le sol soit encore presque partout en l’état où Dieu l’a formé et que la majeure partie du territoire n’ait pas encore été explorée.

Les grandes villes offrent un contraste frappant avec le reste du pays : des lignes de tramways sillonnent leurs rues, des files de becs de gaz s’allongent jusque dans les campagnes, des gares de chemins de fer, des édifices publics, une multitude d’églises se dressent de tous côtés. Rio-de-Janeiro, capitale de l’empire, peut soutenir la compression avec beaucoup de villes d’Europe. Curieuse anomalie, partout où l’action du gouvernement central se fait sentir, la vie, le mouvement, le progrès se révèlent ; sur tout ce qui échappe à cette action, l’inertie native se répand, et pourtant le gouvernement lui-même, vu sa forme représentative, devrait refléter exactement les qualités et les défauts de la nation. Or c’est précisément le régime parlementaire qui, par la manière dont il est exercé au Brésil, permet à la tête d’échapper à l’anémie des membres inférieurs. Ce régime y possède les deux conditions les plus essentielles à son succès : un empereur d’une haute capacité politique, une loi électorale particulièrement restrictive. Aussi les assemblées électives renferment-elles les hommes les plus capables de seconder le souverain, et cette élite donne l’impulsion. Le Brésilien des classes supérieures est intelligent, fin, d’une patience indolente qui lasse son adversaire et l’expose à se découvrir, propre aux affaires. Le mode d’élection employé jusqu’à présent lui assure le monopole de la direction politique, et de longtemps, sans doute, la question du suffrage universel ne se posera pas dans un pays où l’esclavage existe.

L’empire est divisé en vingt provinces et les provinces en municipes. Parmi les premières, cinq sont plus grandes que la France ; la plus petite offre plus de surface que la Suisse. Pour chacune d’elles, un président ou gouverneur, désigné par le conseil des ministres, représente l’autorité centrale. Un véritable pouvoir législatif s’exerce auprès de lui au moyen d’une assemblée nommée tous les deux ans par les électeurs de la chambre des députés. On le comprend, la décentralisation s’impose dans une contrée où des distances énormes séparent les centres habités, mais, la