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I. LA JEUNESSE DE MME NECKER.


La mode et le goût public ne sont plus de nos jours à la philosophie de l’histoire. Notre époque, curieuse des faits, assez dédaigneuse des théories, s’est éprise d’un intérêt passionné pour les moindres souvenirs d’un passé dont, par une contradiction singulière, elle répudie, de plus loin que jamais, les traditions politiques, mais elle prend un médiocre souci de ces belles généralisations auxquelles les écrivains du commencement du siècle se plaisaient à demander les secrets de l’avenir. L’érudition règne en souveraine dans le domaine des temps plus ou moins reculés, et peu s’en faut que l’art de déchiffrer des grimoires manuscrits ne soit tenu pour supérieur à celui de raconter les événemens avec art et d’en dégager le sens. L’abus de cette méthode conduira tôt ou tard, j’en suis persuadé, à quelque réaction, et l’on sera forcé de reconnaître qu’en dépit de certaines apparences ce sont encore les idées qui mènent le monde. Mais il faut avouer que nous aurons dû à cette méthode, à ses abus mêmes, bien des livres intéressans et bien des heures agréables. Tout disposé que je sois à me révolter parfois contre l’abus trop fréquent des papiers inédits, je demeure cependant sensible autant que personne à l’attrait de ces documens où les hommes, les