Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/573

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


surprise, c’était un bras de femme. Le châtelain y reconnaît son anneau de mariage ; il va trouver sa femme, qui cachait son bras ensanglanté. Point de doute ; elle était sorcière et courait la forêt sous la forme d’une louve. On croirait que c’est une fable, si la malheureuse femme n’avait été brûlée.

D’autres fois c’est le diable lui-même qui se déguise en un animal, il peut être loups, ours, araignée, crapaud, jamais cependant il ne revêt la forme d’un agneau ou d’une colombe. Un jour, en Angleterre, un possédé toutes les fois qu’on approchait de lui la sainte hostie, poussait des hurlemens et des blasphèmes. « Vraiment, disait-il, une araignée mérite plus de respect. » Aussitôt, une araignée, immense et hideuse, descend du dôme de l’église, et, suspendue par son fil, arrive jusqu’à la bouche du blasphémateur. Lorsque les sorcières basques furent brûlées, en 1609, par de Lancre, à la dernière sorcière qu’on brûla, une nuée de crapauds sortit de sa tête ; le peuple se rua sur eux à coups de pierre, mais ils ne purent venir à bout d’un crapaud noir qui échappa aux flammes, au bâton, aux pierres, et se sauva, comme un démon qu’il était, en lieu où, on ne sut jamais le trouver.

Mais ce qui, au point de vue psychologique, a le plus d’intérêt pour nous, c’est de savoir comment le démon peut pénétrer dans les corps. Or il y a deux sortes d’actions : la possession et l’obsession. Dans la possession, le démon s’est emparé complètement du corps et de l’âme du malheureux. Au contraire, dans l’obsession, il n’y a qu’une persécution superficielle, qu’il est facile de combattre par le jeûne, par les prières, par l’aumône. Le plus souvent la possession est un pacte par lequel on s’est voué au diable. Quelquefois cependant ceux qui en sont les victimes ne sont pas les coupables ; il faut les exorciser et non les punir. Les inquisiteurs discutent gravement la question de savoir si le démon entre en substance oui en puissance dans le corps ou dans l’âme humaine, et ils se livrent sur ce point à des argumentations approfondies. Mais c’est surtout le témoignage des possédées que nous devons invoquer à ce sujet. « Je puis me comparer, dit Angèle de Foligno, à quelqu’un suspendu par le cou, dont les mains sont liées derrière le dos, et dont les yeux sont fermés. C’est en me mettant dans cet état que les démons me tourmentent cruellement. Il semble que je sois sans soutien, et que toutes les forces de mon esprit disparaissent sans que je puisse y résister. Quelquefois une colère violente et un désespoir amer m’envahissent ; si bien que je ne peux m’empêcher de me déchirer le corps. Je me frappe de coups terribles, de sorte que toute ma tête et tous mes membres sont gonflés de meurtrissures. Ainsi je vois que je suis livrée à de nombreux démons et plongée dans d’horribles ténèbres. » Hildegarde raconte à peu près la même chose.