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remplacer. Dans les départemens de l’Hérault, du Lot, de Vaucluse, des Basses-Alpes, du Gard, on l’a arrachée sur un grand nombre de points et l’on essaie par des irrigations de transformer en prairies les terrains qu’elle recouvrait. On peut se faire une idée du désastre de toute cette région quand on songe que 300,000 hectares de vignes sont déjà détruits et que, dans certaines parties où l’hectare valait jusqu’à 20,000 francs, on ne trouve pas aujourd’hui acquéreur pour 500 francs. Les Charentes, la Bourgogne, le Bordelais sont envahis par le fléau, et la France est menacée de perdre l’une des plus précieuses de ses productions agricoles, celle qui lui assurait un monopole vis-à-vis des nations étrangères et pour laquelle elle n’avait aucune concurrence à redouter.

Si les ravages du phylloxéra ont été pour plusieurs départemens une véritable calamité, l’insuffisance de la récolte dans les deux dernières années a été la cause la plus sérieuse et la plus générale des souffrances actuelles de l’agriculture. Les céréales ont de tout temps été en France la base de la nourriture de la population, et par conséquent la culture principale du pays. Dans les villes, on fait un usage presque exclusif de pain de froment ; dans les campagnes, on consomme en outre, suivant les régions, une certaine quantité de seigle, de sarrasin ou de maïs ; mais, à mesure que l’aisance se répand, les grains inférieurs sont délaissés et remplacés par le premier. Aussi la consommation de cette céréale s’accroît-elle tous les jours. D’après M. Block [1], la quantité de froment nécessaire pour satisfaire aux besoins du pays était en 1815 de 52 millions 1/2 d’hectolitres ; en 1835 de 62 millions 1/2 ; en 1845 de 72 millions ; en 1860 de 82 millions et en 1872 de 96 millions, sur lesquels 13 millions sont prélevés pour les semailles, ce qui réduit le nombre d’hectolitres affectés à l’alimentation à 83 millions. La consommation par tête d’habitant a passé de 1 hect. 59, en 1835, à 2 hect. 37, en 1872. La cause de cet accroissement, comme nous l’avons dit, est la substitution du froment aux grains de qualité inférieure et non la plus, grande absorption de pain par chaque individu, car, l’usage de la viande étant plus répandu, la consommation du pain doit avoir diminué.

Un phénomène assez remarquable, c’est que la production moyenne du blé en France est sensiblement égale à la consommation ; en sorte que dans les années abondantes nous avons un excédent à exporter et, dans les années mauvaises, un déficit à combler ; de là les oscillations souvent considérables qui se produisent dans les mouvemens du commerce des céréales et du blé en particulier. De 1816 à 1878 inclusivement, on a vu quarante et une fois

  1. Statistique de la France, par M. Block.