Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/679

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prorogation indéfinie des assemblées nationales jugées trop incommodes, le parlement de Paris s’est lui-même investi du mandat qu’elles avaient cessé de remplir : suppléant des états, il a revendiqué l’honneur de contrôler, de limiter la royauté absolue, et l’on a souvent décrit les incidens variés, les succès contraires d’une opposition qu’il considérait comme la plus haute de ses prérogatives, comme son devoir le plus impérieux. C’est la partie brillante et populaire de son histoire. Mais, dans cette lutte mémorable, le côté extérieur et dramatique des faits a seul frappé les esprits ; l’histoire ne nous raconte que les remontrances et les lits de justice, les coups d’état, les proscriptions et les retours triomphans : on connaît beaucoup moins, on ignore presque entièrement ce qui était l’âme de la résistance, le ressort puissant du drame, ce qui soulevait l’intérieur du parlement, ce qui fermentait ou éclatait à huis clos, dans le secret imposant de ses délibérations, je veux dire la chaleur des débats engagés sur des questions si graves, l’énergie des discours prononcés aux heures de crise, le talent, la renommée, l’ascendant des orateurs qui se disputaient l’empire de l’assemblée, qui précipitaient ou modéraient son impulsion. Ces discours, ces émotions et ces controverses, d’où les événemens ont jailli, comme l’incendie sort de son foyer même, ces figures et ces caractères d’orateurs, surgissant dans l’orage et le conflit, tout cela a-t-il donc péri sans laisser aucune trace de son rapide passage, aucun souvenir de sa fugitive apparition ? Ce grand corps parlementaire dont toute la force résidait dans le conseil et la parole, nous savons ce qu’il a résolu, exécuté ; nous ignorons ce qu’il a dit avant d’agir, quels entraînemens de passion, quelles convictions raisonnées ont emporté ses votes et décidé ses résolutions. Les témoignages de son action politique sont partout dans l’histoire ; les monumens de son éloquence politique ne se voient nulle part. Est-il possible de retrouver et de ressusciter cette éloquence ? Quel en était le trait distinctif, le mérite original ? Les orateurs du parlement ressemblaient-ils ou non à ceux des états-généraux ? Il y a là un aspect nouveau du sujet qui appelle notre attention et que nous voulons examiner.


CHARLES AUBERTIN.