Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/707

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elle-même. Les molécules électrisées s’éloignent du pôle négatif normalement à sa surface, et si l’on donne à ce pôle la forme d’un petit miroir concave, on peut les concentrer en un foyer au delà duquel elles divergent de nouveau ; mais lorsque l’atmosphère du tube est très raréfiée, aucune lumière ne marque le passage de ces rayons d’un nouveau genre ; seule la paroi du tube s’éclaire du côté opposé au pôle négatif, à l’endroit où les molécules, fuyant devant ce pôle en ligne droite, frappent le verre. Lorsqu’on place sur le trajet de ce courant de matière radiante un petit écran tel qu’une feuille d’aluminium taillée en croix, l’ombre de cette croix sera projetée sur la paroi opposée, par la raison que les molécules, arrêtées dans leur course rectiligne, ne pourront plus exciter les parties du verre situées en face de l’écran, tandis que les parties voisines continueront à subir le choc moléculaire et seront illuminées. Mais, chose curieuse, l’impression que reçoit le verre et qui le rend phosphorescent, diminue d’intensité avec la durée de l’expérience. Si donc on renverse la petite croix de façon à démasquer les parties du tube sur lesquelles elle projetait son ombre, celles-ci, recevant à leur tour les chocs moléculaires, vont s’illuminer plus que les autres qui semblent déjà fatiguées, et la petite croix se détachera lumineuse au fond du tube.

Ce torrent de molécules électrisées qui se précipite en ligne droite d’une extrémité du tube à l’autre peut être dévié dans sa marche par l’action d’un aimant. M. Crookes a employé un artifice ingénieux pour faire voir cette déviation. Il dispose un de ses tubes de façon que le courant moléculaire puisse effleurer un écran phosphorescent placé dans le sens de la longueur et sur lequel va apparaître une ligne lumineuse : celle s’infléchit visiblement par l’action d’un aimant qu’on applique contre la région moyenne du tube.

S’il est vrai que ce sont des molécules matérielles qui sont ainsi entraînées en ligne droite, elles doivent pouvoir exercer un effort mécanique dans le sens de leur propagation. Leur course est assez longue pour que cet effort, cette pression ne se transmette pas instantanément dans tous les sens, comme cela a lieu dans un gaz à la tension ordinaire. C’est là précisément une des propriétés les plus caractéristiques de la matière radiante, et M. Crookes l’a mise en évidence à l’aide d’expériences variées et ingénieuses.

Dans un de ses tubes, il a disposé longitudinalement deux petits rails en verre sur lesquels il a placé une petite roue à palettes, de telle sorte que le flux de matière radiante puisse rencontrer les palettes, à la partie supérieure du tube. Au moment de la décharge, la roue va tourner et fuira devant le pôle négatif, poussée par le courant