Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 38.djvu/19

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



II.

Ce serait se faire illusion que de croire au prochain succès de la campagne que les discussions parlementaires viennent d’ouvrir. La réaction libérale et conservatrice ne fait que commencer dans le parlement et dans le pays. Dans le parlement, c’est encore la discipline qui prévaut sur les velléités de dissidence, tout en se ressentant déjà des nécessités d’une nouvelle situation politique. Dans le pays, la confiance en la sagesse de nos gouvernans et de nos législateurs n’est plus aussi entière. On commence à comprendre qu’une politique qui sème partout le trouble et l’agitation n’est pas la meilleure possible. On voit bien que nous n’en sommes plus à la république de M. Thiers. Mais l’on n’en est pas à distinguer encore, dans la confusion des partis, quelle est la politique à suivre et où est le parti qui doit en montrer le drapeau. En ce moment, un appel aux urnes électorales surprendrait encore le pays, qui n’y est point préparé. Cela pourrait avoir, pour les conservateurs républicains, un résultat aussi funeste que l’appel prématuré du 16 mai le fut aux conservateurs suspects de sympathies monarchiques. L’accord entre les groupes de l’extrême gauche, de l’union républicaine et de la gauche proprement dite, n’est pas tellement rompu qu’il ne pût se rétablir sur le terrain électoral, aux dépens du centre gauche, qui pourrait bien cette fois disparaître tout entier de la chambre des députés, où sa place est déjà si modeste. Les groupes avancés, ne pouvant pas compter sur sa docilité pour l’accomplissement des desseins dont les chefs de l’union républicaine ne gardent même plus le secret, n’admettraient plus ses candidats dans leurs combinaisons. Quant aux candidats de la gauche pure, ils ne trouveraient l’appui des groupes radicaux qu’autant qu’ils s’engageraient à les suivre partout et toujours. Et comme d’ailleurs une dissolution ne serait acceptée par les chefs de la majorité républicaine que sous la condition du scrutin de liste, plus favorable que tout autre à leurs desseins, il est fort probable que les élections faites en ce moment nous renverraient une chambre où dominerait entièrement l’esprit jacobin. Si, comme le bruit en a couru, la dissolution a ses partisans dans les groupes radicaux, on peut affirmer que telle est leur pensée et leur espérance. Les conservateurs de toute nuance auraient grand tort de se prêter à ce jeu, dangereux pour des intérêts qui sont ceux du pays. Les pessimistes qui pensent que le bien ne peut sortir que de l’excès du mal, soit qu’ils rêvent une restauration monarchique, soit qu’ils espèrent seulement une puissante réaction populaire en faveur des idées conservatrices, sous le drapeau de la république, peuvent