Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 39.djvu/42

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même), qui composent le second volume du Monde comme représentation et volonté, voici comment il s’exprime : « Il y a deux manières essentiellement différentes de considérer l’intelligence : l’une subjective, partant du dedans et prenant la conscience comme quelque chose de donné ;… Cette méthode, dont Locke est le créateur, a été portée par Kant à la plus haute perfection. Mais il est une autre méthode d’observation tout opposée à celle-ci ; c’est la méthode objective, qui part du dehors et qui prend pour objet, non pas l’expérience interne, mais les êtres donnés dans l’expérience externe, et qui recherche quel rapport l’intelligence, dans ces êtres, peut avou’avec leurs autres propriétés… C’est la méthode empirique qui accepte comme donnés le monde extérieur et les animaux qui y sont contenus. Cette méthode est zoologique, anatomique, physiologique… Nous en devons les premiers tondemens aux zootomistes et aux physiologistes, notamment aux Français. Ici, surtout,il faut nommer Cabanis, dont l’excellent ouvrages sur les Rapports du physique et du moral a ouvert la voie {bahnbrechend), dans cette direction. Après lui, il faut nommer Bichat dont le point de vue est encore plus étendu. Il ne faut pas même oublier Gall, quoique son objet principal ait été manqué. »

Ce passage caractéristique nous apprend que si Schopenhauer a dû à Kant et à Fichte toute la partie subjective de sa philosophie, c’est à Cabanis, à Bichat et en général aux physiologistes anglais et français (il cite soivent Lamarck, Bell et Magendie), qu’il en doit la partie objective. Si le premier livre de son ouvrage vient de Kant, il est permis de dire que le second lui vient, en grande partie, de Cabanis et de Bichat. Il est intéressant de voir ce curieux retour de fortune de notre philosophie du XVIIIe siècle en Allemagne, cette revanche du réalisme physiologique sur l’idéalisme métaphysique. D’ailleurs, indépendamment même de cet intérêt, Cabanis et Bichat sont par eux-mêmes des penseurs éminens trop oubliés, quoique à la portée de tout le monde, et dont aujourd’hui la valeur est singulièrement relevée par leur rencontre avec l’esprit de notre temps, et par le retour même des idées dont ils ont été les défenseurs.

I.

Lorsque Cabanis écrivit ses premiers mémoires sur les Rapports du physique et du moral, l’Institut venait d’être fondé. Une classe nouvelle (on avait renoncé au mot d’académie) avait été établie : la classe des sciences morales et politiques, laquelle, après avoir duré cinq ans, fut supprimée, comme composée d’idéologues,