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UN POÈTE LYRIQUE ESPAGNOL.

et l’autre genre et que dans la série de leurs œuvres, les vers alternent fraternellement avec la prose.

À la vérité, tout n’est pas également bon dans ces productions si nombreuses ; mais, si le médiocre y abonde, l’excellent n’y manque pas non plus, et le public espagnol sait faire son choix. En ce moment deux poètes lyriques se partagent sa faveur et passent, de l’avis de tous, pour exprimer le plus exactement les tendances actuelles du goût littéraire en Espagne : le premier, don Ramon de Campoamor, un vétéran de la poésie, le chantre ému des Doloras, dont le talent s’épure et grandit avec les années ; l’autre, dont nous allons parler, don Gaspar Nuñez de Arce, entré plus tard dans la carrière, mais qui promptement s’est fait une large place au premier rang.

M. Nuñez de Arce est un homme de quarante-cinq ans environ. Né à Valladolid, dans la Vieille-Castille, il alla terminer ses études à Tolède ; mais déjà le besoin d’écrire le tourmentait. À quinze ans, il débutait par un drame en trois actes et en vers, qui fut joué et applaudi. Ses grades universitaires obtenus, il écrivit successivement, soit seul, soit en collaboration, une dizaine de pièces, qui ne tardèrent pas à lui faire un nom, ailleurs même que dans les lettres. Vers la même époque, il collabora aussi très activement à divers journaux ; puis il entra dans l’administration. En ce pays où tout homme connu est fatalement appelé à devenir un personnage politique, on ne s’étonnera point que M. Nunez de Arce ait été, dès 1865, élu député par Valladolid, sa ville natale ; il avait à peine trente ans. Depuis lors, il a presque toujours fait partie des chambres ; mais nous n’avons pas à nous occuper du rôle qu’il y a jusque-là joué ; disons seulement qu’à deux reprises il fut chargé de la rédaction de documens fort importans et qui furent très remarqués : Du reste, il n’a jamais compté pour un orateur ; sa parole, parfois énergique, manque, paraît-il, d’aisance et d’ampleur.

Le 8 janvier 1874, l’académie espagnole lui ouvrit ses portes ; il y remplaçait l’éloquent tribun don Antonio de los Rios y Rosas. Cette distinction parut dès lors méritée, bien que ses dernières poésies soient en général supérieures à tout ce qu’il avait produit jusque-là. De ses pièces de théâtre, quatre seulement sont aujourd’hui publiées ; la plus parfaite assurément serait le drame intitulé : Haz de leña (le Fagot) titre tiré de la terrible réponse du roi Philippe II à l’un des condamnés de l’inquisition : « Si mon fils était comme vous, je n’hésiterais pas à porter moi-même le fagot au bûcher pour le brûler. » Le tableau de cette sombre mais grande époque est habilement tracé et sans contredit beaucoup plus conforme à la vérité historique que toutes les fables auxquelles a