Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 39.djvu/480

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mêaie pas quelquefois le temps de battre en retraite avec dignité. M. le ministre de l’instruction publique insistait il y a quelques jours encore, il est vrai, pour qu’on réservât, dans la loi sur l’enseignement primaire, la question de la laïcité, pour qu’on se bornât d’abord à roblig : r.ion et à la gratuité. La commission, à la tête de laquelle est M. Paul Bert, ne l’entend pas ainsi : qu’à cela ne tienne, M. Jules Ferry se hâte d’imaginer une combinaison pour tout concilier. La combinaison ne plaît pas à la commission : qu’à cela ne tienne encore, M. le ministre de l’instruction publique finira par se rendre ILes rapports de M. le garde des sceaux avec la commission de la loi sur la magistrature sont à peu près du même genre. M. le garde des sceaux défend un peu, à demi l’inamovibilité, il promet un expédient pour se débarrasser des magistrats incommodes, qu’on mettra à la réserve. Ce n’est pas assez, la commission exige le sacrifice de l’inamovibilité : comment M. le garde des sceaux résisterait-il après s’être si bien recommandé l’autre jour des exemples de Danton à propos des décrets du 29 mars ? Une fois dans cette voie des concessions forcées, est-ce que le gouvernement ne croira pas devoir donner satisfaction à ce facétieux républicain, M. Gatineau, qui a si vertement pris à partie M. l’administrateur du Théâtre-Français pour avoir représenté Daniel Rochat, comédie évidemment menaçante pour la république et pour la laïcité ? Ce qu’il y a de plus clair dans tout cela, à part le ridicule, c’est qu’on sacrifie tout à l’esprit de secte et de parti ; c’est qu’on laisse se décomposer les forces de l’état, dans un moment où un vrai gouvernement serait cependant nécessaire en face de ces grèves qui commencent à se produire et des manifestations de démagogie qui se préparent pour de lugubres anniversaires.

Les affaires des grandes nations sont à peu près les affaires de tout le monde. Les déplacemens de pouvoir, les oscillations d’opinion, les changemens de politique qui s’accomplissent dans un pays ont leur contre-coup dans les autres pays. C’est l’histoire de ces élections anglaises qui n’ont pas eu seulement une importance intérieure pour l’Angleterre, qui ont été un événement pour l’Europe et dont toutes les conséquences ne peuvent être encore pressenties.

Jusqu’ici la crise est à peine dénouée. Le parlement n’est réuni que d’hier, et les premières séances de la chambre des communes n’ont été marquées que par un incident bizarre, qui est peut-être un symptôme : un député nouveau, radical et athée, M. Bradlaugh, a refusé de prêter le serment d’allégeance au nom de Dieu. La question a été livrée par le speaker à l’examen d’une commission. Le ministère, quant à lui, a fini par se constituer régulièrement, laborieusement, dans des conditions assez larges pour comprendre des représentans de toutes les fractions du parti libéral, depuis les anciens whigs jusqu’aux radicaux, depuis lord Selbnrne et lord Hartington jusqu’à M. Chamberlain. La transmission du pouvoir est complète ; il ne reste au cabinet