Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 39.djvu/718

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donne un peu, c’est la république avec les républicains seuls, à l’exclusion de tous ceux qui n’ont pas une qualité suffisante d’orthodoxie, ou qui n’ont pas su se mettre en règle avec les puissans du jour. Il ne faut pas s’y méprendre, c’est la première condition. Si un fonctionnaire, même le plus modeste et le moins rétribué, fût-il maire ou juge de paix, est suspect de tiédeur ou n’a pas donné des gages, il risque fort d’être exclu. Si on veut maintenir dans une loi la plus simple garantie d’ordre, on ne doit pas négliger de dire que c’est particulièrement de l’ordre républicain qu’il s’agit. L’ordre, la paix, la justice, l’armée, l’administration, les finances, les représentations de théâtre, les gardes champêtres et la gendarmerie, tout doit être républicain.

Ainsi, par exemple, M. le sous-secrétaire d’état des beaux-arts, qui était interpellé l’autre jour à propos du Salon de peinture, M. le sous-secrétaire d’état ne se recommande pas précisément par la supériorité de ses aptitudes et, après les circulaires baroques par lesquelles il a inauguré son administration, il n’a d’autres titres que d’avoir soulevé contre lui les protestations des plus éminens artistes ; mais il est républicain ! il a découvert l’art républicain dans la peinture, dans la sculpture comme au théâtre, et si on se permet de se moquer de sa surintendance, c’est qu’on poursuit en lui le républicain. Si les artistes protestent contre ses procédés ou même s’ils prennent la liberté de participer à une œuvre de bienfaisance religieuse qui ne plaît pas à M. le surintendant, ils sont traités de Turc à Maure, ils sont signalés sans façon comme des ennemis de la république. M. le sous-secrétaire d’état a dit, sans y songer, naïvement le mot. On est ennemi de la république dès qu’on ne partage pas toutes les passions jalouses et exclusives qui tendraient à faire du gouvernement de la France le règne d’un parti plus âpre au pouvoir que capable. On est ennemi de la république dès qu’on juge qu’il y aurait autre chose à faire pour le bien du pays que de se livrer à la curée des emplois, de désorganiser l’administration, l’armée, la magistrature. On est ennemi de la république dès qu’on ne trouve pas comme M. le ministre des travaux publics que tous les visages rayonnent depuis quelque temps, dès qu’on se permet de sourire un peu tristement de l’enthousiasme naïf de M. le ministre du commerce disant l’autre jour à Auch que la « France se trouve, au bout de peu d’années, plus fière, plus vivante et plus forte que jamais. » Voilà qui est entendu : il y avait autrefois les satisfaits dynastiques ; il y a maintenant les satisfaits républicains !

On est enfin et surtout ennemi de la république dès qu’on se permet de penser qu’il n’y a ni prévoyance, ni libéralisme, ni habileté à jeter un régime nouveau dans cette guerre de violences et de puérilités contre les choses religieuses, à combattre une intolérance par d’autres intolérances, une réaction par une autre réaction. Rien de plus simple sans doute, d’une manière générale, rien de plus avouable que de défendre