Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 39.djvu/951

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la confusion, l’arbitraire et le désordre, on ne sert en définitive ni le pays ni même la république, qui est la première à souffrir dans sa considération du zèle de ses serviteurs. C’est ce qui arrive avec toutes ces propositions qui touchent à la magistrature, aux finances, à l’armée, qui à l’heure qu’il est occupent encore les chambres entre deux interpellations, entre les préparatifs de la fête qu’on veut célébreriez juillet et le réveil un peu imprévu de la question de l’amnistie.

On veut des nouveautés, des réformes dans toutes les sphères : c’est l’idée fixe de ceux qui s’attribuent la mission spéciale de représenter, de diriger la république dans les vraies voies républicaines ; soit. Qu’en est-il cependant de toutes ces motions, de tous ces projets où se déploie le génie des nouveaux réformateur ?, qui touchent aux points, les plus essentiels, quelqoiefois aux fondemens mêmes de l’organisation française ? Qu’en est-il particulièrement de ce plan si laborieusement débattu entre une commission parlementaire et la chancellerie au sujet de la magistrature ? Assurément, nous n’en disconvenons pas, il y aurait, si on le voulait bien, des réformes utiles à réaliser dans l’ordre judiciaire, bien entendu des réformes impartiales et sérieuses, inspirées par un sentiment supérieur des nécessités sociales, répondant réellement à un intérêt public. Qu’on étudie mûrement des questions si délicates, qu’on mette tous ses soins à chercher les moyens de simplifier l’administration judiciaire, de relever l’importance des tribunaux de paix, de diminuer les frais de justice, et qu’on ne craigne même pas d’examiner s’il ne serait pas possible de modifier le recrutement de la magistrature ; qu’on aborde en un mot d’un esprit libre et juste un problème dont la solution intéresse les droits, la sécurité, la propriété, l’honneur des citoyens, il n’y aura rien d’extraordinaire. Ce sera tout simple, peut-être nécessaire, et une réforme préparée, réalisée dans ces conditions, avec ces garanties, pourra être un bienfait pour le pays ; mais en vérité est-ce bien là ce dont on s’occupe ? Pas le moins du monde. L’idée première, l’idée capitale et dominante se résume tout simplement dans la suspension de l’inamovibilité. C’est sur cette idée que s’est exercée longuement, obstinément, une commission dont M. Waldeck-Rousseau est le rapporteur et qui n’a pas perdu de vue un seul instant le vrai but : l’épuration de la magistrature par la suspension de l’inamovibilité. L’ancien garde des sceaux, M. Le Royer, n’avait pas voulu, à ce qu’il paraît, se prêter d’une manière aussi directe et aussi radicale au coup d’état prémédité contre l’indépendance des juges, et cette raison n’avait pas été étrangère à sa retraite. Le nouveau garde des sceaux, M. Cazot, a fait, lui aussi, quelques façons au premier abord : il a eu l’air de défendre à demi l’institution placée sous sa protection ; mais il n’a pas tardé à réfléchir et à se rendre. M. le garde des sceaux est un ministre commode. Que le conseil d’état lui fasse la leçon et le mette dans la position humi-