Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 41.djvu/117

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dans la plupart des collèges de province, ils ont en réalité cessé d’exister, que les services qu’ils pouvaient rendre n’étaient pas en rapport avec le temps qu’ils demandaient, et que, dans tousses cas, on peut les remplacer par d’autres travaux dont les élèves tireront à peu près les mêmes profits. On leur enseignera, comme on fait partout, la quantité des mots, en même temps que la grammaire ; ils apprendront la métrique par l’étude approfondie des odes d’Horace. Quant aux beautés poétiques de Lucrèce et de Virgile, le professeur les leur fera comprendre par ses analyses et ses réflexions : il n’est pas plus indispensable de faire des vers latins pour en avoir le sentiment que de faire des vers grecs ou des vers français pour apprécier Sophocle ou Racine.

On voulait aller plus loin. Il a été question de sacrifier aussi la composition latine, et ce n’est qu’après une très vive discussion qu’elle a été conservée. Les raisons qu’on donnait pour la supprimer semblaient d’abord spécieuses ; On affirmait que l’habitude d’écrire en latin se perdait dans les collèges, et qu’en réalité ce qu’on achevait de détruire était déjà plus qu’à moitié mort [1] ; on faisait remarquer que cet exercice est celui qui prend le plus de temps et produit le moins de fruits. N’est-ce pas une misère que les écoliers, après sept ans passés à traduire du français en latin et du latin en français, à noter les bonnes expressions des auteurs qu’ils expliquent, à faire toute sorte d’études préliminaires et préparatoires, n’arrivent à composer que ces discours étranges qu’un Romain n’aurait pas compris, et qui ne sont ni français ni latins ? Il fallait donc reconnaître qu’ici encore l’effort n’était pas proportionné au résultat et qu’il est plus simple de ne plus se donner tant de peine pour un si maigre profit ; Une raison plus grave encore, et qui semble d’abord sans réplique, c’est que le maintien de la composition latine paraissait contraire à l’esprit même des réformes qu’on voulait instituer. Que cherchait-on surtout à faire et où était la nouveauté de l’œuvre qu’on préparait ? M. Jules Simon l’avait exprimé, dans sa circulaire, en termes frappans, qui étaient devenus le manifeste de tous les jeunes réformateurs. : « Le latin, disait-il, n’est complètement une langue morte que depuis notre âge. Il a été, d’abord la langue d’un peuple, ensuite celle de toute une classe d’hommes savans et lettrés qui l’employaient pour leurs écrits, pour leur correspond dance et pour l’enseignement. Ce fut une témérité à Descartes décrire en français le Discours sur la méthode. Il fut traduit en latin sur-le-champ, et plusieurs des ouvrages qui, au XVIIe et même au

  1. Ces affirmations sont un peu exagérées. Cette année, au concours général, le discours latin des élèves de Paris s’est trouvé beaucoup plus remarquable qu’à l’ordidinaire. Quant aux élèves de province, leurs copies n’étaient ni meilleures ni plus mauvaises que celles des années précédentes.