Page:Revue des Deux Mondes - 1881 - tome 43.djvu/819

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convaincue d’avoir altéré les résultats du scrutin pour neuf paroisses, dont deux très importantes, celles de Vernon et de Feliciana. Sur la proposition du gouverneur républicain, M. Madison Wells, et avec son assistance, la commission avait retranché pour chacune de ces paroisses plusieurs centaines de voix à la liste démocratique, elle avait fait disparaître les relevés authentiques et leur avait substitué des pièces fausses, fabriquées dans ses bureaux. La même commission avait, sous de vains prétextes, annulé les votes de paroisses entières : ainsi un nègre ayant succombé à une attaque d’apoplexie, dans sa propre maison, pendant les opérations électorales, cette mort accidentelle avait été transformée en un meurtre politique et avait servi de motif pour annuler le vote de la paroisse comme résultat de l’intimidation. Enfin on avait saisi plusieurs documens de la main d’un nommé Maddox, ami particulier du gouverneur Wells et, entre autres, une lettre dans laquelle ce Maddox se disait chargé d’offrir au comité de M. Tilden, de faire attribuer la majorité à la liste démocratique, moyennant un million de dollars à répartir entre les membres de la commission de recensement. Il exposait comment on s’y prendrait et spécifiait les termes de paiement. Dans la Floride, le gouverneur avait simplement délivré aux trois électeurs républicains des certificats déclarant qu’ils avaient obtenu la majorité des suffrages. Or cette déclaration était le résultat d’une erreur commise, volontairement ou non, dans le recensement des votes. Il n’était contesté par personne que la majorité s’était prononcée en faveur des démocrates : il suffisait, pour reconnaître l’erreur, d’additionner les relevés des paroisses, tels qu’ils avaient été publiés par le gouverneur lui-même. Sur une requête qui lui avait été présentée, la cour suprême de l’état, bien que composée de trois juges républicains, avait à l’unanimité reconnu qu’il y avait eu erreur d’addition. Le juge fédéral du district avait fait la même déclaration. Il avait été, par suite, procédé à un nouveau recensement, dont le résultat était attesté par la signature des deux tiers des membres de chacune des deux chambres. Le doute n’était donc pas possible.

Ces faits n’étaient encore qu’imparfaitement connus lorsque le congrès se réunit au commencement de décembre 1876 ; mais ce qui en avait transpiré avait suffi par exciter une grande fermentation dans le Sud et pour répandre l’inquiétude dans le Nord et dans l’Ouest. Le premier acte de la chambre des représentans, où les démocrates étaient en majorité, fut de décider l’envoi dans le Sud d’une commission avec mandat de faire une enquête sur la façon dont les opérations électorales avaient été conduites. Les républicains firent aussitôt voter par le sénat, où ils dominaient,