Page:Revue des Deux Mondes - 1881 - tome 44.djvu/242

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cabinet ni avec les partis dans le parlement. Il se sert des uns et des autres, comme il le dit, pour travailler à cette œuvre de l’organisation de l’empire allemand qu’il poursuit, dont il se considère comme le seul garant après l’empereur. La question est de savoir si cette œuvre, préparée par la victoire des armes, est aussi avancée et aussi forte que le croit M. de Bismarck, et si la politique dictatoriale, toute personnelle du chancelier est le meilleur moyen de la consolider.

Les petits états aussi bien que les grands ont toujours un assez long travail d’organisation ou de réorganisation à poursuivre après les épreuves d’une guerre, même quand cette guerre a été heureuse. Ce n’est pas tout pour ces nouvelles principautés d’Orient, la Roumanie, la Serbie, la Bulgarie, d’être sorties des derniers événemens avec des accroissemens d’indépendance et de territoires. Elles ont maintenant à s’établir dans leur situation nouvelle, à se créer des finances, à affirmer leur indépendance par le développement’de leurs intérêts, et il est à craindre que les rivalités d’influences, les antagonismes politiques qui ont si souvent agité l’Orient ne passent dans cet ordre nouveau de questions pour les compliquer et les embarrasser. C’est ce qui arrive peut-être aujourd’hui ou ce qui est sur le point d’arriver dans une des principautés du Danube, en Serbie, où se débattent d’assez sérieux projets dont la réalisation aurait pour heureux effet de relier ces contrées à l’Occident, à l’Europe civilisée par le développement des communications et le rapprochement des intérêts. Un certain nombre de conventions récemment négociées par un homme habile dans les opérations financières et dans les constructions des chemins de fer, M. Bontoux, le président de l’Union générale des banques, avec le gouvernement de Belgrade, tendraient justement à donner un certain ensemble et une impulsion nouvelle au développement économique de la principauté. L’une de ces conventions a trait à la création d’une banque nationale de Serbie, l’autre à l’emprunt et à la consolidation de la dette flottante créée pendant la guerre ; une troisième décide la construction d’un réseau ferré reliant la Serbie d’un côté par la Bul.<arie à Constantinople, de l’autre par Mitrowitza à Salonique ; la quatrième règle l’exploitation des chemins de fer. C’est tout un programme de finance et d’industrie soumis en ce moment à l’assemblée serbe, qui paraît fort disposée à le ratiûer. Rien de plus simple en apparence. Malheureusement c’est ici que renaissent les rivalités. L’influence russe, appuyée par les agens anglais, fait ce qu’elle peut pour empêcher le succès des récens traités. Le meilleur moyeu pour la Serbie de manifester son indépendance, c’est de s’affranchir de ces rivalités, de ratifier des projets qui peuvent la servir mieux que de nouvelles aventures de guerre.

Ch. de Mazade.