Page:Revue des Deux Mondes - 1881 - tome 44.djvu/723

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dans des aventures, et il y a longtemps déjà qu’un des esprits les plus justes, les plus prévoyans, M. Visconti-Venosta, a dit que « l’Italie n’était pas assez riche pour se permettre le luxe d’une Algérie. » C’est l’opinion de tous les Italiens sensés qu’il y a une prétention presque ridicule à vouloir « comparer l’Italie à la France en Afrique sans tenir compte de la quantité de sang, de la quantité d’argent, du grand travail dépensé par la France depuis un demi-siècle, précisément pour assurer sa puissance sur le territoire algérien. » Non : sans doute, les ministres, les chefs du parlement, les politiques sensés ne se paient pas de chimères dangereuses, et certainement la masse de la nation italienne serait peu disposée à encourager de telles entreprises. La vérité est cependant qu’en dehors du gouvernement et des opinions sérieusement politiques, il y a un parti, des comités, des agitateurs qui soudoient des journaux contre notre domination en Algérie, qui rêvent de faire de l’Italie l’antagoniste de la France sur le littoral africain, qui ont l’idée fixe de Tunis sous prétexte que les ruines de Carthage doivent appartenir à Rome ! Ils mettront un de ces jours la question de Garthage à côté de la question de Nice ou de la question de la Corse : tout leur est bon pourvu qu’il y ail échec à la France, et ce qu’il y a de plus étrange, de plus dangereux aussi, c’est que le consul italien à Tunis semble en vérité être l’agent de cette politique bien plus que le représentant de la politique régulière et correcte du gouvernement. C’est ce consul à l’imagination turbulente, qui, depuis son arrivée dans la régence, est le meneur de toutes les intrigues, l’inspirateur de tous les actes acerbes contre les intérêts français et qui pousse à tous les conflits. C’est par lui évidemment plus que par tout autre que les affaires de Tunis ont pris une apparence de gravité en se compliquant de toute sorte de mauvais procédés et de mauvaises intentions.

La question, malgré tout, n’est point sans doute de celles qui peuvent mettre en péril la paix des nations, les rapports entre des états sérieux ; elle est plutôt de celles qu’on doit éviter autant que possible de laisser grossir ou obscurcir, et pour le gouvernement français le meilleur moyen d’en avoir raison, c’est d’aller droit à la difficulté, de dissiper les confusions et les illusions par la netteté de son altitude, par la tranquille fermeté de son langage à Londres et à Rome, comme à Tunis même. Au fond, la politique des puissances engagées dans cette affaire résulte de la diversité de leur situation et de leurs intérêts. L’Angleterre, à part d’anciennes habitudes d’antagonisme qui se retrouvent encore chez de vieux agens, n’a aucun intérêt direct et pressant dans la régence. Elle n’a rien à redouter de l’influence légitime de la France à Tunis ; elle aurait bien plutôt à craindre pour la liberté future de la Méditerranée, si la puissance qui possède déjà la Sicile possédait en même temps le cap Bon. C’est la simple vérité des choses, et il est peu