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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 avril 1881.

La vie publique n’est jamais facile, on le sait bien ; elle se compose pour toutes les nations des difficultés inévitables, des devoirs nécessaires de chaque jour et de tout ce que l’imprévu tient en réserve comme pour éprouver et déconcerter les chefs des peuples. On ne peut pas dire sans doute que la France, à qui les sévérités d’une vie laborieuse n’ont point été épargnées depuis quelques années, soit arrivée aujourd’hui à l’heure des crises imprévues et décisives : elle est du moins à un de ces momens où l’esprit de conduite est plus que jamais une nécessité, où toutes les fautes peuvent avoir leurs conséquences, où, selon la vieille expression, il faut savoir enlever au hasard tout ce que la prévoyance et la sagesse peuvent lui dérober. La France, par le cours des événemens, par cette question même de Tunis, qui vient de s’élever, s’est trouvée ramenée à un de ces instans où tout rappelle que la politique est une chose sérieuse, que le meilleur moyen de garder une certaine liberté d’action nationale n’est pas de faire de l’ordre avec du désordre à l’intérieur, de s’épuiser dans une succession de luttes passionnées, d’incidens inutiles, d’œuvres confuses et décousues. Franchement, sans vouloir rien exagérer, n’est-on pas frappé à l’heure qu’il est d’une sorte de contraste entre l’importance des intérêts qui peuvent être en jeu pour la France et l’inanité de ces débats d’hier à propos de l’enquête sur le général de Gissey ou des querelles de M. le préfet de poHce et du conseil municipal de Paris ? Si l’on veut avoir une politique extérieure suivie, efficace à l’occasion, il faudrait commencer par se faire une politique intérieure mieux pondérée ; il faudrait d’abord savoir se garder des agitations vaines, des arrogances et des excentricités de parti, des confusions de pouvoir, des incidens oiseux, de tout ce qui encombre et déprime la vie publique, au lieu de la simplifier et de la relever. C’est là, si l’on veut, une moralité à tirer de ces récentes affaires de la commission d’enquête et du conseil muni-