Page:Revue des Deux Mondes - 1881 - tome 46.djvu/363

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exploiteraient en commun et se partageraient par moitié le produit des droits à percevoir sur les mines et gisemens situés entre le 23e et le 25e degré. C’est dans ces limites que se trouve Antofagasta, à une dizaine de lieues au nord du 24e degré, par conséquent sur le territoire bolivien, et c’est le gouvernement de La Paz qui, aux. termes du traité de 1866, octroya aux compagnies chiliennes les concessions nécessaires.

Reléguée tout entière dans l’intérieur du continent, où elle occupe une superficie double de celle de la France, la Bolivie ne possède d’autre accès à la mer que cette étroite bande de terrain d’environ 40 lieues, limitrophe du Chili. Au nord, la province péruvienne d’Arequipa lui barre le chemin de l’océan, et le trafic de la Bolivie se fait en grande partie par les ports péruviens. A la suite du traité de 1866, l’émigration chilienne, attirée par l’appât du gain, remontant lentement la côte, envahit peu à peu le désert, qu’elle explora dans tous les sens ; partout on constata l’existence de gisemens nouveaux. Des centres de population se créèrent, sur les côtes surtout. De petits ports, inconnus la veille, acquirent de l’importance, les dépôts, vu la difficulté des communications, ne pouvant être exploités avec avantage qu’à la condition d’être situés à peu de distance du rivage. Découverts par les Chiliens, les importans gisemens d’Antofagasta furent exploités par une compagnie chilienne, disposant de capitaux considérables. Le droit de propriété de la Bolivie ne fut pas mis en question ; la compagnie le reconnut de la façon la plus explicite en se conformant aux lois et aux règlemens boliviens relatifs à l’exploitation des mines. En peu d’années, Antofagasta prit un développement considérable et enrichit ses actionnaires.

Ces résultats dus à l’activité, à l’esprit d’entreprise et à l’initiative des Chiliens, éveillèrent la jalousie d’abord, puis les inquiétudes de la Bolivie. Des difficultés surgirent. La clause vague du traité de 1866, qui stipulait la jouissance commune des mines entre le 23e et le 25e degré, se prêtait à bien des interprétations. Sollicité par ses nationaux, désireux de n’engager leurs capitaux dans une exploitation aussi considérable qu’après entente préalable avec la Bolivie, le gouvernement chilien rouvrit avec cette puissance des négociations qui aboutirent en 1874 aux déclarations suivantes : le Chili s’engageait à renoncer à sa part afférente des droits à percevoir sur les guanos et sur les mines en vertu du traité de 1866, et, de son côté, le gouvernement bolivien déclarait que : « les droits d’exportation dans la zone commune ne s’élèveraient pas plus haut que ceux actuellement perçus, que les personnes, les industries et les capitaux des citoyens chiliens ne seraient soumis à aucune contribution autre que celles actuellement existantes. »