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Dans ces conditions défavorables, les Chiliens subirent des pertes assez fortes, mais officiers et soldats ne se faisaient aucune illusion sur l’impossibilité d’une retraite. Derrière eux le désert qu’ils venaient de traverser avec tant de difficultés, devant eux l’ennemi, mais aussi le salut, l’eau, les vivres, qui allaient leur manquer. Vaincus, ils tomberaient tous soit sous les coups de l’ennemi qui les poursuivrait, soit de faim et de soif dans ces interminables solitudes. Sur les ordres de Sotomayor, ils se portèrent en avant, incendiant les broussailles derrière lesquelles s’abritait l’ennemi. La fumée de l’incendie rabattue par le vent enveloppait les Boliviens, forcés de lâcher pied. Une charge vigoureuse acheva leur défaite. Cabrera rallia les fuyards et, lentement, sans être poursuivi, prit la route de Potosi, laissant entre les mains des Chiliens, Calama, ses blessés et seulement une trentaine de prisonniers, dont un colonel et deux officiers.

La nouvelle de ce premier succès fut accueillie au Chili avec enthousiasme. La prise de Calama écartait, pour un temps, toute préoccupation d’une attaque par terre et permettait au gouvernement de concentrer son attention et ses efforts sur les opérations navales. L’escadre chilienne reçut l’ordre de prendre la mer ; quatre bâtimens chargés de troupes de débarquement occupèrent, sans coup férir, les ports boliviens de Cobija et de Tocopilla, pendant que les cuirassés chiliens bloquaient le port péruvien d’Iquique, centre d’un commerce important, défendu par une garnison de 3,000 hommes.

Dans l’intéressant ouvrage [1] que vient de publier sur la guerre du Pacifique un écrivain remarquable qui est en même temps un des hommes d’état les plus autorisés du Chili, don Diego Barros Arana, nous lisons que l’escadre chilienne pouvait alors, en se portant hardiment sur le Callao, s’en emparer par un vigoureux coup de main, détruire dans ce port la flotte péruvienne et s’assurer ainsi les avantages qu’elle n’obtint plus tard qu’au prix de combats acharnés et de sacrifices énormes. Le gouvernement chilien eut le tort, paraît-il, de prendre trop au sérieux les fanfaronnades du Pérou et de tenir en trop haute estime sa puissance navale et ses moyens de résistance. Peut-être, en effet, dans le premier moment de désarroi, une pareille tentative eût-elle pu réussir, mais le succès n’était rien moins que certain. Le Callao était en état de défense. Les cuirassés péruviens possédaient une artillerie formidable. Embossés dans le port, ils doublaient la force de résistance des batteries de terre ; les troupes de débarquement du Chili ne constituaient encore

  1. Histoire de la guerre du Pacifique, par don Diego Barros Arana ; Paris, 1881 ; Domaine.