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LA
SITUATION FINANCIERE

On peut dire que, dans ce siècle, si fécond en grands événemens, peu de faits ont produit en Europe une ; impression aussi profonde que la rapidité surprenante avec laquelle la France a payé la colossale rançon qui lui avait été imposée et a rétabli ses finances et son crédit. Les uns ont fait honneur de ce résultat à l’habileté des combinaisons adoptées par notre gouvernement ; les autres, avec justice, en ont rapporté une grande part aux habitudes laborieuses et aux mœurs économes de notre population : tous ont conçu et conservé la plus haute idée de la richesse de notre sol et de l’abondance de nos ressources. Nous sommes loin de penser que cette impression se soit affaiblie ; on ne saurait, cependant, contester que l’Europe assiste avec une sorte de stupeur qui n’est pas sans un mélange d’appréhension au développement prodigieux que la spéculation a pris en France depuis deux ans et demi. Aucune nation ne se dissimule qu’elle aurait à ressentir le contre-coup de l’ébranlement du marché français : aussi notre situation financière est-elle, de la part des hommes d’état étrangers, l’objet d’une étude attentive, et il n’est point de question, sur laquelle les écrivains spéciaux reviennent plus fréquemment. Le souvenir de Law et des folies de la rue Quincampoix a été évoqué plus d’une fois : on ne se fait pas faute de prévoir et d’annoncer une crise et de nombreuses catastrophes comme l’inévitable dénoûment du spectacle auquel nous assistons. Ces alarmes sont-elles excessives ? ne sont-elles pas