Page:Revue des Deux Mondes - 1881 - tome 46.djvu/607

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assiéger les guichets du trésor et les mairies. En revanche, les sociétés financières ont largement profité des facilités exceptionnelles qui leur étaient offertes et qui équivalaient pour elles à la suppression du dépôt de garantie. Elles ont pu enfler à leur aise le chiffre de leur souscription. On a cité tel établissement semi-parisien, semi-provincial, qui aurait souscrit à lui seul les deux tiers de l’emprunt, et dont le versement de garantie, en espèces et en rentes, aurait approché de 200 millions. Il n’est si petite officine de finances qui ne se soit donné la satisfaction d’annoncer qu’elle avait souscrit pour des millions.. La réalité a-t-elle répondu à ces apparences ? quels souscripteurs définitifs le trésor a-t-il trouvés en face de lui ? Est-ce le vrai public, celui qui tire effectivement des écus de sa poche, ou la spéculation qui a espéré un bénéfice de son rôle d’intermédiaire ?

L’opinion la plus accréditée est que le public n’a pas souscrit plus de 200 millions et que le surplus, c’est-à-dire les quatre cinquièmes, est demeuré aux mains de la spéculation. Parmi les établissemens dont on a cité les grosses souscriptions, il en est de fort solides, qui sont en état de porter le fardeau qu’ils ont assumé ; seulement, il est incontestable que ces établissemens n’ont jamais eu l’intention de conserver les rentes qu’ils ont souscrites. Dans quelle mesure et avec quelle célérité arriveront-ils à faire passer leur fardeau sur les épaules du public ?

Cette opération est laborieuse, premièrement parce qu’il s’agit d’une très grosse somme et que la place est surchargée de titres de toute espèce, et secondement parce que la valeur qu’il s’agit de faire prendre au public n’est pas de nature à le séduire. Avec la prime qu’on lui a fait faire et qui est le seul bénéfice des établissemens qui ont souscrit, la nouvelle rente amortissable correspond exactement à des obligations des grandes compagnies à 390 francs ; le revenu est le même, la sécurité est égale, mais l’amortissement des obligations est un peu plus rapide : soixante-douze ans au lieu de soixante-quinze. Quel motif pourrait donc inviter les porteurs d’obligations à échanger leurs titres contre de l’emprunt ? Si des capitalistes qui prisent avant tout la sécurité du placement, on se tourne vers ceux qui cherchent un revenu élevé, il est certain que la rente amortissable est la moins avantageuse de toutes les façons d’employer son argent.

Le fardeau des établissemens chargés d’emprunt s’alourdit à mesure que les versemens deviennent exigibles, bien que les échéances aient été habilement espacées et que la Banque de France, par un mode d’intervention inusité jusqu’ici, opère la plus grande partie de ces versemens. Ce concours si précieux de la