Page:Revue des Deux Mondes - 1881 - tome 46.djvu/608

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Banque ne s’en traduit pas moins par la création d’une dette que les souscripteurs auxquels la Banque vient en aide devront tôt ou tard acquitter. Dans cette situation, il était impossible de laisser la moindre faiblesse se produire à la Bourse, et le maintien des cours est devenu une nécessité absolue. Comme cette nécessité s’imposait à tous les établissemens financiers, leurs efforts réunis ont réussi jusqu’ici à prévenir toute secousse. Seulement les opérations au comptant, qui représentent les achats des particuliers, ont toujours été en décroissant et ont cessé à peu près complètement. Il n’est demeuré en scène que les établissemens de crédit et les spéculateurs groupés autour d’eux ; la tâche de soutenir les cours est devenue de plus en plus difficile. Si la rente amortissable, malgré l’excellence du crédit de l’état, ne se classe que péniblement, est-il à supposer que toutes les émissions d’emprunts étrangers ou de valeurs industrielles aient réussi ? Loin de là, on cite des échecs assez notables : les syndicats formés entre certains établissemens ont dû garder et se répartir une portion des titres inutilement offerts au public. Ainsi aux rentes non vendues sont venus s’ajouter d’abord les titres non placés, puis les titres rachetés pour soutenir les cours ou reportés à chaque liquidation pour prévenir un mouvement de baisse. Il n’est donc pas surprenant qu’un certain nombre d’établissemens aient fini par perdre la disponibilité d’une partie notable de leurs ressources, et que, pour reconstituer leur fonds déroulement, forcément immobilisé, ils aient recours à l’augmentation de leur capital social. Or cette augmentation de capital, si elle est un expédient pour le présent, sera une préoccupation de plus dans l’avenir, par la difficulté d’obtenir la rémunération de ce capital nouveau : elle est donc loin d’être un signe de force et un gage de solidité.

Il est aisé de voir que le prix des reports est la clé de la situation. Si la spéculation a pu continuer sans encombre ses opérations et renouveler ses engagemens de quinzaine en quinzaine ou de mois en mois, c’est que, jusqu’ici, elle a emprunté à un taux très modéré. On évalue de 1,500 millions à 2 milliards les fonds qui sont actuellement employés en reports à la Bourse de Paris ; mais tout le monde sait que la plus grande partie de ces fonds provient de ventes de titres opérées par des gens avisés qui, voyant les meilleures valeurs portées à des cours invraisemblables que ne justifient ni le revenu actuel ni même le revenu espéré, ont voulu profiter des engouemens du jour et ont vendu avec la résolution de reprendre leurs titres dès qu’ils redescendront à des prix raisonnables. Ces fonds, momentanément employés en reports, sont donc destinés à disparaître de la Bourse, et, à mesure qu’ils trouveront