Page:Revue des Deux Mondes - 1881 - tome 47.djvu/241

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tout d’un coup « suspendues ! » On dit que le cabinet de Londres, en présence de l’expiration très prochaine de l’ancien traité, aurait demandé une prorogation nouvelle de quelques mois pour se donner le temps de négocier sans trop de précipitation et que le cabinet français, se considérant comme lié par ses déclarations devant les chambres, n’aurait pas cru pouvoir se prêter à cette prorogation. Notre ministère n’aurait consenti du moins que, s’il y avait eu dès ce moment un protocole constituant un préliminaire positif. Évidemment ce sont là des difficultés qui n’ont rien d’insurmontable pour des gouvernemens animés de ces sentimens de conciliation que manifestait ces jours derniers la reine Victoria, que la France éprouve assurément elle-même. L’essentiel est de ne pas laisser traîner dans l’incertitude une affaire qui touche à tous les ressorts de la production et du travail, de la puissance industrielle de deux grands pays. La question n’est pas seulement commerciale ; elle est en même temps d’un ordre politique supérieur. Ce qu’il faut chercher dans la régularisation des rapports de commerce entre la France et l’Angleterre, ce n’est point sans doute ce qu’on peut appeler au sens propre du mot une alliance ; il n’est pas moins vrai que ce sont les intérêts libéralement satisfaits et rassurés qui aident souvent a la bonne politique entre deux nations et préparent les alliances les plus durables, qui créent dans tous les cas des situations où les jalousies ne sont pas toujours prêtes à se réveiller au moindre incident, où il n’y a pas de ces habitudes d’antagonisme violent qui dégénère parfois en hostilité.

L’Angleterre le comprend comme la France, et l’Italie, qui a, elle aussi, un traité de commerce à négocier avec nous, serait mieux inspirée si elle s’occupait un peu plus de ses intérêts, si elle se laissait aller un peu moins à ses passions ou à ses ressentimens. L’Italie, il est vrai, commence à s’apaiser un peu, à se remettre par degrés des émotions auxquelles elle s’est abandonnée un peu légèrement. Malheureusement il n’est pas bien certain que toutes ces questions d’alliances nouvelles qui se réveillent au-delà des Alpes ne soient une suite de la mauvaise humeur de ces derniers mois et une manière de chercher quelque revanche ou quelque dédommagement. Depuis quelques jours, en effet, l’imagination de certains Italiens est en travail de combinaisons diplomatiques et de projets d’entrevues princières. Qu’en est-il de ces combinaisons et de ces projets ? Le roi Humbert doit-il rendre visite à l’empereur François-Joseph à Vienne ou dans toute autre ville de l’empire d’Autriche, et, après avoir visité le souverain autrichien, ira-t-il jusqu’à Berlin voir l’empereur Guillaume ? Quelle sera la signification, quelles seront les conséquences de ces entrevues si elles se réalisent ? Il n’est pas douteux que, dans l’esprit des nouvellistes qui voient déjà le fils de Victor-Emmanuel en voyage vers le centre de l’Europe, ces