Page:Revue des Deux Mondes - 1881 - tome 47.djvu/480

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d’une visite que le roi d’Italie aurait l’intention de rendre à l’empereur d’Autriche, et les conjectures de toute sorte n’ont pas manqué à l’occasion de ce projet. On avait moins parlé de l’entrevue de l’empereur d’Allemagne et de l’empereur Alexandre III de Russie. L’empereur Guillaume est allé récemment à Dantzig, où il devait passer une revue des troupes allemandes ; il était accompagné de M. de Bismarck. Le jeune tsar héritier d’Alexandre II s’est rendu de son côté à Dantzig, accompagné des principaux de ceux qui semblent appelés à représenter la politique du nouveau règne. Cette rencontre n’avait en elle-même rien d’extraordinaire ; elle a paru cependant un peu inattendue et les commentaires ont recommencé. Les uns se sont hâtés de considérer l’entrevue de Dantzig comme le meilleur moyen de dissiper les nuages qui ont pu se lever par instans depuis quelques années entre les deux empires et comme une garantie nouvelle pour la paix européenne ; les autres, plus ombrageux ou plus Imaginatifs, ont presque vu dans cette rencontre le signe d’une nouvelle phase diplomatique, d’un rapprochement dont l’Autriche pourrait avoir à s’inquiéter. C’est aller un peu vite et donner sans doute une signification un peu exagérée à la visite rendue par le jeune tsar à son oncle impérial de Berlin. M. de Bismarck n’est pas vraisemblablement allé à Dantzig pour inaugurer une nouvelle campagne de diplomatie, pour substituer soudainement à l’alliance qu’il a nouée avec l’Autriche une alliance avec la Russie ; aucune circonstance récente et visible ne paraît avoir modifié la direction de ses pensées. Seulement le chancelier est un politique qui aime à garder la liberté de ses mouvemens et de ses évolutions entre les cabinets pour mieux maintenir son autorité, et ce qu’il fait dans ses rapports avec les puissances européennes, il le fait tout aussi bien dans les affaires intérieures, dans ses rapports avec les partis, avec son parlement. Il poursuit à travers tout la réalisation de son idée, qui est d’affermir, d’organiser l’empire à sa manière, selon ses vues, sans craindre de changer d’alliés ou de paraître plus ou moins se désavouer momentanément.

Ce qui se passe aujourd’hui dans la politique intérieure de l’Allemagne en est un exemple de plus et a certainement, sous plus d’un rapport, autant d’importance que le voyage de Dantzig. Par une coïncidence qui n’a sans doute rien de fortuit, les élections du Reichstag, définitivement fixées au 27 octobre, ont été précédées d’une de ces évolutions devant lesquelles le chancelier allemand ne recule pas quand il y voit quelque intérêt. Ce n’est point d’hier, à vrai dire, que M. de Bismarck parait en avoir assez de cette guerre du ''Culturkampf''. Déjà, l’an dernier, il avait présenté au parlement un projet qui rendait à adoucir quelques-unes des dispositions les plus dures des fameuses lois de mai, qui permettait de reconstituer le culte catholique désorganisé depuis des années. Le projet est resté en chemin ;