Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/103

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Ce sont les panneaux de l’Adoration de l’Agneau, peints par les frères Van Eyck pour la décoration d’une chapelle de l’église Saint-Jean, aujourd’hui Saint-Bavon, à Gand. Vendus à vil prix en 1816 par les administrateurs de cette église, ils furent achetés en 1821, avec la collection Solly, par le roi de Prusse.

L’ensemble primitif comprenait douze panneaux disposés sur deux rangs, sept en haut et cinq en bas, et sauf ceux du centre, peints sur leurs deux faces. Le Musée de Berlin possède six de ces volets, et il a de plus acquis en 1823 deux des excellentes copies faites en 1558 par Michel Coxie. L’ensemble se trouve donc restitué presque dans son intégrité, puisqu’il n’y manque plus que l’Adam et l’Eve du Musée de Bruxelles et la Vierge et le Saint-Jean qui, ainsi que les deux tableaux copiés par Coxie, sont demeurés en la possession de l’église Saint-Bavon. Fermés, les volets portent sur leurs faces extérieures l’Annonciation, et, départ et d’autre, outre les Saints, les Prophètes et les Sibylles qui ont prédit la venue du Christ, les portraits des deux donateurs agenouillés, Jodocus de Vydt et sa femme lsabella Burluut. Une inscription latine aujourd’hui effacée en partie et qui a donné lieu à de nombreux commentaires, nous fournit à la fois les noms des donateurs et ceux des artistes : les deux frères Van Eyck. Elle nous apprend, de plus, que l’œuvre commencée par Hubert (l’aîné des deux) a été finie par son frère Jean et mise en place le 6 mai 1432. L’époque de la commande étant restée ignorée, la part qui revient à chacun des frères dans l’exécution demeure fort difficile à établir. Toutefois il est permis de penser qu’avant sa mort, dont la date est connue (18 septembre 1426), Hubert avait dû exécuter une notable partie du travail et qu’il en avait, en tout cas, fourni la composition. On s’accorde aussi généralement, et pour des raisons qui semblent assez plausibles, à attribuer à Jean les panneaux du bas, dans lesquels les figures sont de moindres dimensions et dont la supériorité est manifeste.

Suivant un parti souvent adopté à cette époque, la décoration extérieure des volets a été tenue dans une gamme claire et une tonalité effacée. Les figures des deux saints (saint Jean-Baptiste et saint Jean l’Évangéliste) sont peintes en grisaille et placées dans des niches comme des statues gothiques. Quant aux donateurs, leur ressemblance, on peut l’affirmer, devait être frappante. La femme, vêtue très modestement, — capeline blanche, robe d’un rouge passé, avec des paremens verts au col et aux manches, — n’est pas de mine fort avenante ; sa physionomie, un peu vulgaire, a une expression de volonté et de décision qui contraste avec celle de son mari. Lui aussi est simplement vêtu d’une large houppelande rouge bordée de fourrures ; une aumônière noire pend à sa ceinture. Il n’y a plus