Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/109

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période intermédiaire qui s’étend jusqu’à Rubens, il serait aisé de démêler celles qui, — comme l’Annonciation et le Jugement dernier de Petrus Cristus, le Christ sur la croix de Gérard David, et surtout la Vierge glorieuse de Quintin Massys, — attestent la persistance des anciennes traditions nationales, et celles où Van Orley et Mabuse, par exemple, laissent voir une préoccupation assez malencontreuse du style italien, qu’ils travestissent en croyant l’imiter.

Entre ces fluctuations contraires l’art va s’amoindrissant peu à peu. Dans le portrait seulement, il parvient à se maintenir à un niveau supérieur. Ce n’est pas là du reste un fait isolé. L’influence décisive que le portrait a exercée sur les destinées de la peinture se manifeste clairement à travers son histoire. En essayant de reproduire un visage humain avec la variété infinie des modifications que l’âge, le sexe, le tempérament et les habitudes apportent dans son aspect, l’artiste est aux prises avec les exigences à la fois les plus délicates et les plus précises. A d’aussi salutaires enseignemens se sont formées toutes les écoles, et après y avoir acquis leur indépendance, c’est grâce à eux encore qu’elles ont échappé à l’étroitesse des conventions qui pouvaient fausser leur développement. En face de son modèle, tout peintre digne de ce nom est tenu à une sincérité absolue. Tel qui dans ses compositions est affecté, peu naturel, esclave d’un maître ou systématiquement rivé à une doctrine, arrive, comme par une sorte de dédoublement de lui-même, à redevenir simple, naïf, à être même original quand il ne cherche plus qu’à exprimer la fidèle ressemblance de l’être humain qui pose devant lui. Le réalisme un peu gauche qui dépare les sujets mythologiques ou sacrés où s’égarent la plupart des peintres de la Flandre qui ont suivi les van Eyck, est presque une qualité dans les consciencieux portraits que quelques-uns d’entre eux nous ont laissés, Henri de Blés, dont la valeur comme paysagiste nous paraît un peu surfaite, se révèle au musée de Berlin comme un excellent portraitiste. A côté de lui, Mabuse, Martin van Heemskerke, Ant. Moro avec ses Chanoines d’Utrecht, et même des artistes moins en vue, tels que Neuchâtel et les Pourbus, démontrent amplement aussi ce qu’était encore cet art du portrait quand déjà toute originalité avait à peu près disparu de l’école. Mais, le portrait excepté, la décadence s’accuse de plus en plus. Entre les représentans attardés d’un archaïsme qui n’a plus la naïveté pour excuse et les prétendus novateurs qui croient s’inspirer de l’Italie dans des œuvres bâtardes aussi dépourvues de style que de naturel, la peinture des Flandres semble, par un affaiblissement graduel, marcher vers un complet épuisement. Quand on voit la Minerve avec les Muses et toutes les fades allégories auxquelles Otto van Veen a dû sa célébrité, rien ne fait résager qu’une rénovation soit prochaine, ni surtout que la gloire en soit réservée