Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/141

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1652 que la compagnie hollandaise des Indes prit possession du cap et y fit construire un fort qui, cent cinquante ans plus tard, en 1796, fut pris par les Anglais. Rendu en 1801 au gouvernement hollandais, ce fort retomba, en 1806, au pouvoir de l’Angleterre, qui, depuis lors, non-seulement en resta maîtresse, mais étendit sa domination sur les pays voisins. Aujourd’hui la colonie du Cap proprement dite, sans compter les territoires plus ou moins disputés, s’étend jusqu’au fleuve Orange ; elle à une superficie de 640,000 kilomètres carrés environ et une population de 720,000 âmes.

Il y a trois quarts de siècle environ que l’Angleterre a pris pied sur ce point du globe, et cependant ce n’est que depuis quelques années qu’on a commencé à y faire des observations précises sur l’hydrographie et la météorologie ; mais si récentes qu’elles soient, ces observations n’en ont pas moins amené la constatation d’un fait important et d’une extrême gravité ; c’est le dessèchement progressif de cette partie du continent africain. De jour en jour, les lacs diminuent de profondeur, les rivières se tarissent, les sources disparaissent, les habitans émigrent avec leurs troupeaux. Nous allons suivre M. Brown dans l’exposition des faits par lesquels ce phénomène se manifeste et flans la recherche des causes auxquelles il l’attribue.

Au point de vue météorologique, l’Afrique australe peut être divisée en trois zones : la zone orientale, comprenant le Zululand, Natal et la Cafrerie soumise ou indépendante ; la zone centrale, formée d’une partie du bassin central et traversée par plusieurs chaînes montagneuses ; la zone occidentale, englobant le désert de Kalahari, les plaines arides du Namaqualand et du pays des Bushmen, ces dernières situées au sud du fleuve Orange.

La première de ces zones, qu’on peut appeler zone des Cafres, est fertile ; elle est couverte d’arbres et parfois de forêts étendues ; arrosée par de nombreux cours d’eau qu’alimentent des pluies abondantes. La seconde, celle des Bechuana, consiste en plaines ondulées et en prairies arides. On n’y trouve que peu de sources, moins encore de rivières permanentes, et quelques lambeaux de forêts qui diminuent tous les jours et marchent vers une entière destruction. Les sécheresses y sont fréquentes, les pluies peu abondantes, et les irrigations nécessaires pour la culture des plantes européennes. La troisième zone, ou celle des Namaquas et des Bushmen, est nue et stérile ; les orages seuls y amènent des pluies qui alors tombent en cataractes et s’écoulent par des rivières qui sont à sec le reste du temps. Ces pluies sont suffisantes cependant pour faire pousser un maigre gazon que broutent des moutons affamés et pour permettre à quelques arbres et arbustes de végéter sur les bords des rivières desséchées dont ils dessinent le cours.