Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/142

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Le vent dominant de cette région est celui du nord-est qui, chargé de vapeurs, commence par arroser le Zululand et Natal qu’il rencontre d’abord sur sa route ; quand les nuages arrivent au-dessus du bassin central et surtout dans la zone occidentale, où ils sont exposés à la radiation d’un sol dénudé, ils s’élèvent dans l’atmosphère et se dissipent sans que l’humidité qu’ils contiennent puisse se condenser. Ce n’est qu’accidentellement, lorsque des courans contraires viennent les arrêter, qu’ils se résolvent en pluies torrentielles, après avoir donné naissance à des orages formidables. L’air devient alors étouffant ; un silence de mort pèse sur la nature, pas un souffle ne se fait sentir. Très bas sur l’horizon, les nuages s’accumulent en masses noires et épaisses faisant entendre de sourds grondemens et sillonnés par de nombreux éclairs ; tout à coup un vent impétueux, chassant devant lui un tourbillon de poussière et balayant tout sur son passage, souffle avec fureur, et aussitôt après, des torrens d’eau et de grêle se précipitent aux éclats du tonnerre, à la lueur des éclairs incessans ; en quelques minutes, tout le pays est inondé, les ruisseaux débordent et des ravins, depuis longtemps à sec, sont transformés en rivières d’un kilomètre de largeur. Au bout d’une heure, tout est fini et le ciel a repris, parfois pour plusieurs années, son implacable azur.

Dans ces zones éloignées de la mer, où il ne tombe annuellement que quelques centimètres d’eau, la plus petite diminution dans la quantité de pluie devient beaucoup plus sensible que sur les points où il pleut davantage : on ne saurait, par conséquent, comparer les sécheresses dont nous nous plaignons parfois en Europe avec celles qui sévissent dans l’Afrique australe, où elles durent plusieurs années, font périr des milliers de bestiaux et réduisent à la plus extrême misère les populations qui sont obligées d’émigrer pour se procurer leur subsistance.

M. Brown cite de nombreux exemples de ces sécheresses prolongées et de la triste condition des habitans qui les subissent. « En faisant, dit-il, en 1847, le tour de la colonie, j’eus à traverser le Karroo, et les souvenirs de ce voyage sont toujours vivans ; il me semble voir encore les squelettes des bœufs que je rencontrai sur ma route, dans une région absolument dépourvue d’eau. En arrivant, un samedi, à notre étape, nous apprîmes que, pour aller à Beaufort, où nous devions nous rendre, nous aurions 84 milles à faire avant de trouver de l’eau. Nous fîmes reposer nos chevaux le dimanche et partîmes le soir pour voyager la nuit et atteindre la source à la fin du jour suivant ; mais vers midi nos chevaux étaient si fatigués, si exténués, si altérés, que nous dûmes les envoyer en avant pour leur faire brouter l’herbe le long de la route et diminuer ainsi leur soif. Arrivés le soir à une ferme, nous fûmes